- La somatropine (HGH recombinante) apporte directement l'hormone dans la circulation, alors que les peptides sécrétagogues agissent en amont, sur l'hypophyse, et n'ont d'effet que si celle-ci répond encore.
- Le niveau de preuve est très asymétrique : la somatropine est un médicament approuvé depuis les années 1980 dans le déficit en GH, tandis que la plupart des peptides sécrétagogues n'ont jamais été évalués dans des essais de phase III.
- Une seule molécule de la famille des analogues de la GHRH possède une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis : la tésamoréline, pour la réduction de l'excès de graisse abdominale chez les personnes vivant avec le VIH et une lipodystrophie.
- Chez des adultes en bonne santé, une revue systématique a conclu que l'hormone de croissance augmentait la masse maigre sans améliorer la force ni la capacité d'exercice, avec une hausse du lactate à l'effort.
- L'IGF-1 est le marqueur suivi en pratique parce que la GH circule de façon pulsatile et très variable, alors que l'IGF-1 reflète l'exposition intégrée sur plusieurs jours.
- Les deux familles figurent dans la catégorie S2 de la liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage, y compris les sécrétagogues non peptidiques comme l'ibutamoren (MK-677).
- Cet article est informatif : il ne propose aucun protocole, aucune quantité et aucune fréquence d'administration.
HGH et peptides sécrétagogues : de quoi parle-t-on exactement ?
La question HGH ou peptides oppose en réalité deux catégories pharmacologiques très différentes, que le vocabulaire commercial a tendance à confondre. D'un côté, l'HGH (human growth hormone), appelée somatropine sous sa forme médicamenteuse, est l'hormone de croissance elle-même : une protéine de 191 acides aminés produite par génie génétique, dont la séquence est identique à celle sécrétée par l'antéhypophyse. C'est un médicament de prescription, encadré par une autorisation de mise sur le marché, une notice officielle et une surveillance de pharmacovigilance.
De l'autre côté, les peptides sécrétagogues de GH ne contiennent pas d'hormone de croissance. Ce sont des molécules beaucoup plus courtes qui déclenchent la libération de la GH déjà stockée dans l'hypophyse. Elles se répartissent en deux sous-familles. Les analogues de la GHRH reproduisent l'action du facteur hypothalamique de libération de l'hormone de croissance : on y trouve le sermorelin, qui correspond au fragment GHRH(1-29), le CJC-1295 et la tésamoréline. Les agonistes du récepteur de la ghréline, historiquement appelés GHRP, agissent sur une voie distincte : l'ipamorelin et le GHRP-6 en font partie.
Une précision s'impose sur le MK-677 (ibutamoren), souvent cité dans ces comparaisons : il agit sur le même récepteur que les GHRP mais il n'est pas un peptide. C'est une molécule non peptidique active par voie orale, ce qui explique sa popularité en dehors de tout cadre médical. Son appartenance à la discussion est pharmacologique, pas chimique.
Cette distinction n'est pas académique. Elle détermine le mécanisme, le profil de risque, le statut réglementaire et la qualité des données disponibles. Comparer la somatropine aux sécrétagogues revient à comparer un produit de remplacement hormonal, documenté par des décennies d'usage clinique, à un ensemble hétérogène de molécules dont certaines n'ont jamais dépassé le stade exploratoire chez l'être humain.
Cet article se limite volontairement à cette comparaison mécanistique et réglementaire. Les questions d'usage en contexte sportif sont traitées séparément dans notre dossier sur les peptides en musculation, et la comparaison avec les hormones stéroïdiennes dans notre article peptides contre stéroïdes.
En quoi les mécanismes d'action diffèrent-ils ?
La somatropine agit par remplacement direct. Injectée, elle rejoint la circulation et se fixe sur le récepteur de l'hormone de croissance, dans le foie, le muscle, l'os et le tissu adipeux. Cette fixation déclenche la voie JAK2/STAT5 et la production hépatique d'IGF-1, le médiateur de la plupart des effets anaboliques attribués à la GH. L'avantage est la prévisibilité : l'exposition dépend de la quantité administrée et de la pharmacocinétique du produit, pas de l'état de l'hypophyse. L'inconvénient est que ce mécanisme contourne entièrement les boucles de régulation naturelles, notamment le rétrocontrôle exercé par la somatostatine et par l'IGF-1 lui-même.
Les sécrétagogues, à l'inverse, agissent par stimulation en amont. Les analogues de la GHRH se fixent sur le récepteur GHRH des cellules somatotropes et provoquent la libération de la GH endogène. Les agonistes du récepteur de la ghréline amplifient cette libération par une voie complémentaire et réduisent le tonus somatostatinergique. Conséquence directe : ces molécules ne fonctionnent que si l'hypophyse possède encore une réserve sécrétoire mobilisable. Chez une personne dont l'antéhypophyse a été détruite par une chirurgie, une radiothérapie ou une tumeur, un analogue de la GHRH est pharmacologiquement inopérant.
L'argument le plus souvent avancé en faveur des sécrétagogues est le respect de la pulsatilité, c'est-à-dire du rythme naturel par lequel l'hypophyse libère la GH en salves, surtout nocturnes. Cet argument mérite d'être nuancé par les données. Dans une étude publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, l'administration d'un analogue de la GHRH à longue durée d'action a préservé la fréquence et l'amplitude des pulses, mais a élevé fortement le niveau basal de GH, multiplié par environ 7,5. Autrement dit, la pulsatilité subsiste, mais elle se superpose à une élévation continue du plancher hormonal : le profil n'est donc pas strictement physiologique.
Un second plafond distingue les deux familles. Avec la somatropine, l'exposition peut être poussée très au-delà de la production physiologique. Avec un sécrétagogue, la réponse est bornée par la capacité sécrétoire de l'hypophyse et par les mécanismes de désensibilisation du récepteur. Ce plafond est parfois présenté comme une sécurité intrinsèque, mais aucun essai de longue durée ne permet d'affirmer qu'il protège réellement contre les effets indésirables liés à l'élévation chronique de l'IGF-1.
Que montrent les essais cliniques sur l'hormone de croissance ?
Le dossier clinique de la somatropine est le plus solide de toute cette discussion, parce qu'il repose sur une indication précise : le déficit en hormone de croissance. Les recommandations conjointes de l'American Association of Clinical Endocrinologists et de l'American College of Endocrinology, publiées en 2019 dans Endocrine Practice, détaillent sur 58 recommandations numérotées le diagnostic et la prise en charge du déficit chez l'adulte et chez le patient en transition entre la pédiatrie et la médecine adulte. Chez ces patients correctement sélectionnés, le traitement améliore la composition corporelle, la densité minérale osseuse, le profil lipidique et la qualité de vie.
Le point essentiel est que ce bénéfice est conditionné par l'existence du déficit. Les mêmes recommandations insistent sur la nécessité de confirmer le diagnostic par des tests de stimulation avec des seuils adaptés, précisément parce qu'un dosage isolé ne suffit pas et parce que la prescription hors indication expose à des risques sans contrepartie démontrée.
Chez l'adulte sans déficit, les données sont nettement moins favorables. Une revue systématique publiée en 2008 dans Annals of Internal Medicine par Liu et collaborateurs a réuni 44 articles décrivant 27 échantillons d'étude, totalisant 303 participants exposés à l'hormone de croissance, soit 13,3 années-personnes de traitement. Le résultat est souvent mal cité : la masse maigre augmentait de 2,1 kg (intervalle de confiance à 95 % : 1,3 à 2,9 kg) par rapport aux témoins, mais ni la force ni la capacité d'exercice ne semblaient s'améliorer. Les auteurs relevaient par ailleurs une élévation statistiquement significative du lactate à l'effort dans deux des trois études ayant mesuré ce paramètre, un signal qui va plutôt dans le sens d'une moindre performance aérobie.
Cette dissociation entre masse et fonction est un point de repère important. Une partie du gain de masse maigre mesuré sous hormone de croissance correspond à une rétention hydrique et à une expansion du compartiment extracellulaire, pas nécessairement à du tissu contractile supplémentaire. C'est l'une des raisons pour lesquelles les promesses de performance associées à l'HGH ne sont pas soutenues par la littérature contrôlée.
Que montrent les essais cliniques sur les peptides sécrétagogues ?
Les niveaux de preuve au sein de la famille des sécrétagogues sont extrêmement hétérogènes, et c'est probablement l'information la plus utile de ce comparatif. Une seule molécule dispose d'un dossier de phase III publié dans une revue de premier plan avec un critère de jugement clinique : la tésamoréline. Dans l'essai randomisé contre placebo de Falutz et collaborateurs, publié en 2007 dans le New England Journal of Medicine, 412 adultes vivant avec le VIH et présentant une accumulation de graisse abdominale ont été suivis pendant 26 semaines. Le tissu adipeux viscéral, mesuré par scanner, a diminué d'environ 15 % sous tésamoréline, avec une différence significative par rapport au placebo, sans perturbation notable de la glycémie sur cette durée.
Le CJC-1295 dispose de données pharmacodynamiques humaines, mais pas d'essais d'efficacité clinique. L'étude de Teichman et collaborateurs, publiée en 2006 dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism chez des adultes en bonne santé, a montré que des injections uniques élevaient les concentrations de GH pendant plusieurs jours et maintenaient l'IGF-1 au-dessus de la valeur de base pendant une à deux semaines. C'est une démonstration de mécanisme et de durée d'action, pas une démonstration de bénéfice sur la composition corporelle, la force ou la santé métabolique. La distinction est capitale et elle est systématiquement effacée dans les discours promotionnels.
L'ipamorelin illustre un cas encore plus net. Sa publication de référence, signée Raun et collaborateurs dans l'European Journal of Endocrinology en 1998, le décrit comme le premier sécrétagogue sélectif, un pentapeptide libérant la GH sans élever la corticotropine ni la prolactine dans les modèles utilisés. Il s'agit de travaux de pharmacologie expérimentale. Aucun essai de phase III n'a établi une indication thérapeutique chez l'être humain. Le même constat s'applique au GHRP-6, étudié depuis les années 1980 comme outil de sondage de l'axe somatotrope plus que comme candidat médicament.
Le cas du MK-677 est instructif parce qu'il existe un essai contrôlé de longue durée. Nass et collaborateurs ont publié en 2008 dans Annals of Internal Medicine un essai randomisé chez des adultes âgés en bonne santé, sur 12 mois. Ce mimétique oral de la ghréline a augmenté la sécrétion pulsatile de GH et le poids corporel (environ 2,7 kg contre 0,8 kg sous placebo), mais la glycémie à jeun a augmenté et la sensibilité à l'insuline a diminué. Les effets indésirables les plus fréquents étaient une augmentation de l'appétit, des œdèmes transitoires des membres inférieurs et des douleurs musculaires.
Une revue narrative publiée en 2026 dans Frontiers in Endocrinology a précisément stratifié ces peptides modulateurs de l'axe GH/IGF-1 en niveaux de preuve, depuis les données d'essais randomisés de qualité réglementaire jusqu'à l'absence complète d'étude humaine, en soulignant l'écart entre la littérature évaluée par les pairs et les pratiques d'auto-administration documentées en ligne.
Comment les deux familles se comparent-elles point par point ?
Le tableau ci-dessous synthétise les différences structurelles entre la somatropine et les peptides sécrétagogues. Il ne comporte volontairement aucune information d'administration : l'objectif est de situer les deux familles sur des critères pharmacologiques, réglementaires et probatoires.
| Critère | HGH (somatropine recombinante) | Peptides sécrétagogues de GH |
|---|---|---|
| Nature moléculaire | Protéine de 191 acides aminés, identique à la GH humaine | Peptides courts (5 à 44 acides aminés selon la molécule) |
| Mécanisme | Remplacement direct, fixation sur le récepteur de la GH | Stimulation de l'hypophyse via le récepteur GHRH ou le récepteur de la ghréline |
| Dépendance à la réserve hypophysaire | Aucune | Totale : sans cellules somatotropes fonctionnelles, l'effet est nul |
| Profil de sécrétion obtenu | Non pulsatile, déterminé par la pharmacocinétique du produit | Pulsatilité conservée mais niveau basal de GH élevé |
| Statut réglementaire | Médicament approuvé dans plusieurs indications | Tésamoréline approuvée aux États-Unis dans une indication précise ; les autres sont des produits de recherche |
| Niveau de preuve clinique | Essais contrôlés et recommandations de sociétés savantes | De l'essai de phase III (tésamoréline) à l'absence totale de donnée humaine |
| Effet sur l'IGF-1 | Élévation marquée et modulable | Élévation plus modérée, plafonnée par la réponse hypophysaire |
| Risques documentés | Arthralgies, œdèmes, syndrome du canal carpien, insulinorésistance | Réactions au point d'injection, rétention hydrique, perturbations glycémiques pour certaines molécules ; profil mal caractérisé à long terme |
| Statut antidopage | Interdite en permanence, catégorie S2 | Interdits en permanence, catégorie S2 |
| Encadrement nécessaire | Prescription et suivi endocrinologique | Aucun cadre thérapeutique établi hors tésamoréline |
Deux lectures ressortent de ce tableau. D'abord, la somatropine n'est pas une version plus forte des peptides : c'est une catégorie différente, avec une indication médicale définie et des exigences de suivi correspondantes. Ensuite, parler des sécrétagogues comme d'un bloc homogène est trompeur, puisque la tésamoréline et l'ipamorelin ne se situent pas du tout au même niveau de preuve.
Les personnes qui cherchent des informations pratiques sur les volumes, les équivalences ou la préparation de solutions trouveront nos outils dédiés plus adaptés, notamment l'outil de laboratoire consacré au CJC-1295. Ce comparatif, lui, reste sur le terrain du mécanisme et des preuves.
Quelles indications sont réellement autorisées ?
Pour la somatropine, les indications autorisées sont nombreuses et toutes associées à une pathologie identifiée. Chez l'adulte, l'indication principale est le déficit en hormone de croissance documenté par des tests de stimulation, le plus souvent d'origine hypophysaire ou hypothalamique. Chez l'enfant, le périmètre couvre notamment le déficit en GH, le syndrome de Turner, le syndrome de Prader-Willi, l'insuffisance rénale chronique et certains retards de croissance intra-utérins, selon les autorisations propres à chaque pays. Dans tous les cas, la prescription repose sur un diagnostic, pas sur un symptôme vague ni sur un chiffre d'IGF-1 isolé.
Pour les peptides sécrétagogues, le périmètre est beaucoup plus étroit qu'il n'y paraît. La tésamoréline est le seul analogue de la GHRH disposant d'une approbation de la Food and Drug Administration pour une indication thérapeutique : la réduction de l'excès de graisse abdominale chez les patients infectés par le VIH présentant une lipodystrophie. Cette autorisation, délivrée en novembre 2010, est assortie de limitations explicites dans l'information de prescription : le bénéfice et la sécurité cardiovasculaires à long terme n'ont pas été étudiés, et le produit n'est pas indiqué dans la prise en charge de la perte de poids.
Le sermorelin occupe une position historique particulière. Analogue de 29 acides aminés correspondant au plus court fragment de la GHRH conservant une activité biologique complète, il a été utilisé à la fois comme outil diagnostique de l'axe somatotrope et, dans certains pays, en pédiatrie dans le déficit idiopathique en GH, comme le décrit la revue de Prakash et Goa publiée dans BioDrugs en 1999. Sa disponibilité commerciale a toutefois été largement abandonnée, et il n'occupe plus de place établie dans les référentiels actuels.
Pour l'ipamorelin, le GHRP-6 et le CJC-1295, la situation est claire : aucune autorisation de mise sur le marché pour un usage thérapeutique humain, dans aucune juridiction majeure. Ces molécules sont vendues et décrites comme produits destinés à la recherche. Toute présentation les assimilant à une alternative médicale à la somatropine constitue une extrapolation non soutenue par les données réglementaires.
Avertissement médical : ce contenu a une finalité éducative. Il ne remplace pas un avis médical, ne constitue pas une recommandation d'usage et ne doit pas servir de base à une décision de santé. Toute question relative à l'axe somatotrope relève d'une consultation d'endocrinologie.
Quels risques et effets indésirables sont documentés ?
Pour la somatropine, le profil d'effets indésirables est bien caractérisé parce qu'il a été observé sur de larges cohortes et pendant des décennies. Les manifestations les plus fréquentes relèvent de la rétention hydrosodée : œdèmes périphériques, arthralgies, myalgies, paresthésies et syndrome du canal carpien. Viennent ensuite les effets métaboliques, en premier lieu une réduction de la sensibilité à l'insuline pouvant révéler ou aggraver une intolérance au glucose. Des cas d'hypertension intracrânienne bénigne et de gynécomastie sont également rapportés. Chez les patients hypopituitaires, l'instauration du traitement peut démasquer une insuffisance surrénalienne ou modifier les besoins en hormones thyroïdiennes, ce qui justifie un suivi biologique coordonné.
La question du risque néoplasique mérite une formulation prudente. L'axe GH/IGF-1 est un axe de prolifération cellulaire, et l'IGF-1 est un facteur de croissance. Les autorités de santé recommandent donc la prudence en cas d'antécédent tumoral actif, et la surveillance des lésions résiduelles chez les patients opérés d'un adénome hypophysaire. Les données disponibles ne permettent pas d'affirmer que le traitement substitutif bien conduit augmente l'incidence des cancers, mais elles ne permettent pas non plus d'écarter tout signal, en particulier en cas d'exposition prolongée à des concentrations supraphysiologiques.
Pour les sécrétagogues, la difficulté est inverse : le profil n'est pas rassurant, il est simplement peu documenté. Les effets attendus découlent logiquement de l'élévation de la GH et de l'IGF-1, donc des mêmes catégories que ci-dessus. L'essai de 12 mois sur le mimétique oral de la ghréline fournit le signal le plus concret : augmentation de la glycémie à jeun et baisse de la sensibilité à l'insuline, œdèmes transitoires des membres inférieurs, douleurs musculaires et augmentation de l'appétit. Les agonistes du récepteur de la ghréline peuvent par ailleurs stimuler l'appétit de façon marquée, un effet qui n'est pas anodin sur le plan métabolique.
À ces risques pharmacologiques s'ajoute un risque de qualité produit propre aux peptides vendus hors circuit pharmaceutique. L'absence de contrôle analytique indépendant, les écarts de pureté, les erreurs d'identité moléculaire et la contamination bactérienne constituent des dangers réels, documentés par les alertes réglementaires sur les produits peptidiques non approuvés. Ce risque n'existe pas pour un médicament dispensé en pharmacie avec un numéro de lot et une chaîne du froid tracée.
Enfin, un risque souvent négligé est celui du diagnostic manqué. Les symptômes attribués à une baisse de l'hormone de croissance (fatigue, perte de masse maigre, baisse de la libido, troubles du sommeil) correspondent à de nombreuses autres causes, de l'apnée du sommeil à l'hypothyroïdie en passant par la dépression. Les traiter par un produit agissant sur l'axe somatotrope expose à retarder une prise en charge efficace.
Pourquoi l'IGF-1 sert-il de marqueur de suivi ?
La raison est d'abord physiologique. La GH n'est pas sécrétée de façon continue : elle est libérée en salves séparées par des intervalles où sa concentration plasmatique redescend à des valeurs très basses. Deux prélèvements effectués à quelques dizaines de minutes d'intervalle chez la même personne peuvent donc donner des résultats radicalement différents. Un dosage ponctuel de GH n'a par conséquent aucune valeur interprétable pour juger de l'état de l'axe somatotrope, ce qui explique le recours aux tests de stimulation pour le diagnostic.
L'IGF-1 résout ce problème. Produit principalement par le foie en réponse à la GH, il circule lié à des protéines de transport, en particulier l'IGFBP-3, ce qui lui confère une demi-vie de plusieurs heures et une concentration plasmatique stable au cours de la journée. Un dosage unique reflète donc l'exposition intégrée à la GH sur plusieurs jours. C'est précisément ce qui en fait l'outil de référence pour ajuster et surveiller un traitement, et l'interprétation se fait toujours par rapport à une valeur de référence ajustée sur l'âge et le sexe, exprimée en écart-type.
Ce marqueur a le même intérêt pour les deux familles de molécules, mais l'amplitude attendue diffère. Avec la somatropine, l'IGF-1 peut être amené à n'importe quel niveau, y compris bien au-delà de la plage physiologique, et c'est l'un des paramètres de surveillance les plus importants. Avec un sécrétagogue, l'élévation est bornée par la réponse hypophysaire. L'étude pharmacodynamique sur l'analogue de la GHRH à longue durée d'action illustre bien cette dynamique : l'IGF-1 restait au-dessus de sa valeur de base pendant une à deux semaines après une injection unique, ce qui démontre la persistance de l'effet biologique bien après la disparition du pic de GH.
L'IGF-1 a toutefois des limites qu'il faut connaître. Il est abaissé par la dénutrition, l'insuffisance hépatique, le diabète mal contrôlé et l'hypothyroïdie, indépendamment de la sécrétion de GH. Il varie aussi selon la méthode de dosage et le laboratoire, ce qui rend les comparaisons entre laboratoires hasardeuses. Un chiffre d'IGF-1 n'établit donc jamais à lui seul un diagnostic de déficit en hormone de croissance, et une valeur dans la norme n'exclut pas un déficit chez un patient à forte probabilité clinique.
Quel est le statut légal et antidopage de chaque famille ?
Sur le plan du droit pharmaceutique, la situation est asymétrique mais lisible. La somatropine est un médicament soumis à prescription dans l'ensemble des juridictions développées. Sa détention et sa cession hors circuit légal relèvent de la réglementation sur les médicaments et, dans plusieurs pays, du droit pénal. La tésamoréline appartient à la même catégorie dans les pays où elle est commercialisée. Les autres peptides sécrétagogues ne sont pas des médicaments approuvés : ils circulent sous l'étiquette de produits destinés à la recherche, un statut qui n'autorise pas l'administration humaine et qui n'implique aucun contrôle de qualité pharmaceutique.
Sur le plan antidopage, la réponse est identique pour les deux familles et sans ambiguïté. La liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage place l'hormone de croissance et ses facteurs de libération dans la catégorie S2, « hormones peptidiques, facteurs de croissance, substances apparentées et mimétiques », interdite en permanence, en compétition comme hors compétition. Toutes les substances de cette classe sont des substances non spécifiées, ce qui a des conséquences directes sur la sévérité des sanctions encourues.
La section consacrée aux facteurs de libération de l'hormone de croissance est explicite et nomme les molécules concernées. Elle couvre la GHRH et ses analogues, en citant notamment le CJC-1293, le CJC-1295, le sermorelin et la tésamoréline. Elle couvre les sécrétagogues de la GH et leurs mimétiques, en citant notamment l'anamoréline, la capromoréline, l'ibutamoren (MK-677), l'ipamorelin, la lénomoréline et la macimoréline. Elle couvre enfin les peptides libérant la GH, dont l'hexaréline, le GHRP-2 (pralmoréline) et le GHRP-6. Aucun sportif soumis au Code mondial antidoping ne peut donc considérer un sécrétagogue comme une alternative autorisée à l'hormone de croissance.
Un dernier point concerne la détectabilité, souvent invoquée pour distinguer les deux familles. Les méthodes analytiques utilisées en antidopage ne reposent pas uniquement sur la détection de la molécule administrée : elles s'appuient aussi sur des marqueurs biologiques de l'axe somatotrope et sur le suivi longitudinal du profil de l'athlète. La supposition selon laquelle un peptide court serait indétectable parce que sa demi-vie est brève ne correspond pas à l'état des méthodes actuelles.
En synthèse, la question HGH ou peptides n'appelle pas une réponse en termes de préférence mais en termes de cadre. La somatropine est un traitement de substitution pour une pathologie définie, prescrit et surveillé. Les peptides sécrétagogues constituent un ensemble hétérogène dont une seule molécule possède une indication autorisée et dont la majorité n'a pas franchi le stade de la recherche chez l'être humain. Les deux sont interdits dans le sport organisé. Pour toute situation individuelle, la seule démarche appropriée est la consultation d'un professionnel de santé.
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Quiz rapide · 6 questions
Questions fréquentes
Les peptides sécrétagogues sont-ils plus sûrs que l'HGH ?
Un peptide sécrétagogue peut-il remplacer un traitement par somatropine en cas de déficit en GH ?
La tésamoréline est-elle approuvée pour la perte de graisse en général ?
Pourquoi suit-on l'IGF-1 et non la GH directement ?
L'hormone de croissance améliore-t-elle la performance sportive ?
Le MK-677 est-il un peptide ?
Les sécrétagogues respectent-ils vraiment la pulsatilité naturelle de la GH ?
Ces produits sont-ils légaux ?
Sources
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- Liu H, Bravata DM, Olkin I, et al. (2008). Systematic review: the effects of growth hormone on athletic performance. Annals of Internal Medicine (PMID 18347346). (PubMed)
- Teichman SL, Neale A, Lawrence B, Gagnon C, Castaigne JP, Frohman LA (2006). Prolonged stimulation of growth hormone (GH) and insulin-like growth factor I secretion by CJC-1295, a long-acting analog of GH-releasing hormone, in healthy adults. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism (PMID 16352683). (PubMed)
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- Agence mondiale antidopage (2025). Liste des interdictions, section S2 : hormones peptidiques, facteurs de croissance, substances apparentées et mimétiques. World Anti-Doping Agency. (wada-ama.org)
- U.S. Food and Drug Administration (2025). EGRIFTA (tesamorelin for injection), information de prescription complète. FDA Drugs@FDA, NDA 022505. (accessdata.fda.gov)