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Cagri
Sema

CagriSema

Cagrilintide / sémaglutide (association fixe à administration hebdomadaire)

Cagrilintide ≈ 4 409 g/mol ; sémaglutide 4 113,58 g/mol Masse moléculaire
C₁₉₄H₃₁₂N₅₄O₅₉S₂ (cagrilintide) + C₁₈₇H₂₉₁N₄₅O₅₉ (sémaglutide) Formule
Programme de phase 3 achevé pour l'obésité ; demande d'autorisation déposée aux États-Unis ; aucune autorisation de mise sur le marché à ce jour Statut
Association de deux peptides acylés distincts : le cagrilintide, analogue de l'amyline de 37 acides aminés (pont disulfure Cys3-Cys8, acylation par un diacide gras en C20 via un espaceur gamma-Glu), et le sémaglutide, analogue du GLP-1 de 31 acides aminés (substitution Aib en position 8, Arg34, chaîne diacide en C18 greffée sur la Lys26).
CagriSema Photo: Polina Tankilevitch

Qu'est-ce que CagriSema exactement ?

CagriSema est le nom de développement d'une association fixe réunissant deux peptides dans une même injection sous-cutanée hebdomadaire : le cagrilintide, un analogue à longue durée d'action de l'amyline, et le sémaglutide, un analogue du GLP-1 déjà largement documenté. Le produit est développé par Novo Nordisk et a fait l'objet d'un programme clinique de phase 3 baptisé REDEFINE pour l'obésité et REIMAGINE pour le diabète de type 2.

Les deux molécules sont des peptides acylés. Le cagrilintide compte 37 acides aminés, possède un pont disulfure entre les cystéines 3 et 8 et porte un diacide gras en C20 relié par un espaceur gamma-glutamate. Le sémaglutide compte 31 acides aminés et porte une chaîne diacide en C18 greffée sur la lysine 26. Dans les deux cas, cette acylation permet une liaison réversible à l'albumine plasmatique, ce qui allonge considérablement la demi-vie et rend possible une administration hebdomadaire plutôt que quotidienne.

Il est important de comprendre que CagriSema n'est pas un simple mélange réalisé au moment de l'emploi. Il s'agit d'une co-formulation pharmaceutique, c'est-à-dire d'un produit unique dans lequel la stabilité, le pH et la compatibilité physico-chimique des deux peptides ont été optimisés industriellement, et dont le dossier réglementaire est déposé comme un médicament à part entière. Une étude de pharmacocinétique dédiée a d'ailleurs comparé les concentrations obtenues après injection combinée ou séparée des deux composants.

Cette page traite spécifiquement de l'association : son rationnel, ses résultats cliniques et ses limites. Les caractéristiques propres à l'analogue de l'amyline pris isolément sont détaillées dans le guide consacré au cagrilintide, et les aspects purement pratiques de préparation en laboratoire sont traités à part dans l'outil dédié au cagrilintide.

Avertissement : cet article est fourni à des fins éducatives. CagriSema est un candidat-médicament expérimental qui ne bénéficie d'aucune autorisation de mise sur le marché à la date de publication. Aucune information d'emploi n'est fournie ici, et toute question individuelle relève d'un professionnel de santé.

Pourquoi associer un analogue de l'amyline et un agoniste du GLP-1 ?

L'amyline est une hormone peptidique co-sécrétée avec l'insuline par les cellules bêta du pancréas après un repas. Elle agit principalement sur le tronc cérébral, en particulier dans la région de l'area postrema et du complexe vagal dorsal, pour signaler la satiation, ralentir la vidange gastrique et moduler la prise alimentaire. L'amyline humaine native étant fortement agrégeante, les analogues pharmaceutiques comme le cagrilintide ont été conçus pour rester solubles et stables tout en conservant l'activité sur les récepteurs de l'amyline et le récepteur de la calcitonine.

Des travaux précliniques publiés dans eBioMedicine en 2025 ont permis de préciser ce mécanisme : chez le rongeur, l'effet du cagrilintide sur le poids corporel passe par les récepteurs cérébraux de l'amyline AMY1 et AMY3, et la suppression de ces récepteurs atténue l'effet observé. Ces données restent animales et ne se transposent pas directement à l'humain, mais elles soutiennent l'idée d'une voie de signalisation centrale distincte de celle du GLP-1.

Le GLP-1, pour sa part, est une incrétine intestinale dont les analogues réduisent l'appétit via des circuits hypothalamiques et du tronc cérébral, ralentissent la vidange gastrique et stimulent la sécrétion d'insuline de façon glucose-dépendante. Comme l'explique notre dossier sur les incrétines de nouvelle génération, la logique de la pharmacologie de l'obésité consiste depuis quelques années à additionner des voies complémentaires plutôt qu'à augmenter indéfiniment la dose d'un seul agoniste.

Le pari biologique de CagriSema est donc le suivant : solliciter simultanément deux systèmes de régulation de la prise alimentaire qui convergent sur les mêmes régions cérébrales sans passer par les mêmes récepteurs, afin d'obtenir une réduction pondérale supérieure à celle de chaque composant utilisé seul. L'intérêt méthodologique de REDEFINE 1 est précisément d'avoir inclus les deux monothérapies dans le même essai, ce qui permet de tester cette hypothèse en interne plutôt que par comparaison indirecte entre études.

Une hypothèse supplémentaire, souvent évoquée, veut que la composante amyline influence favorablement la composition corporelle ou la tolérance. Cette question n'est pas tranchée et doit être considérée comme un domaine de recherche en cours, non comme un acquis.

Que montre l'essai REDEFINE 1 chez les personnes sans diabète ?

REDEFINE 1 est un essai de phase 3a, en double aveugle, contrôlé à la fois contre placebo et contre comparateurs actifs, publié dans le New England Journal of Medicine en 2025. Il a inclus 3 417 adultes sans diabète présentant un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 30, ou supérieur ou égal à 27 avec au moins une complication liée au poids. Les participants ont été répartis entre l'association, le sémaglutide seul, le cagrilintide seul et un placebo, tous les groupes recevant par ailleurs une intervention sur le mode de vie, pour une durée de 68 semaines. Les effectifs étaient de 2 108 sous association, 302 sous sémaglutide, 302 sous cagrilintide et 705 sous placebo.

Selon l'estimand de politique de traitement, qui prend en compte l'ensemble des participants randomisés y compris ceux qui interrompent le produit, la variation moyenne du poids corporel à 68 semaines a été de 20,4 % sous association, contre 14,9 % sous sémaglutide seul, 11,5 % sous cagrilintide seul et 3,0 % sous placebo. L'association a donc été supérieure à chacune de ses deux monothérapies dans le même essai, ce qui valide le rationnel pharmacologique décrit plus haut.

Le chiffre de 22,7 % que l'on rencontre fréquemment correspond au même essai analysé selon un estimand d'efficacité, qui estime l'effet attendu si le produit avait été pris comme prévu pendant toute la durée de l'étude. Ces deux nombres ne sont pas contradictoires : ils répondent à deux questions différentes, l'une plus proche de la pratique réelle, l'autre plus proche de l'effet pharmacologique maximal. Savoir lequel est cité explique à lui seul une bonne partie des divergences apparentes entre communiqués, congrès et publications.

Les critères secondaires vont dans le même sens. Les proportions de participants atteignant une réduction de 5 %, 20 %, 25 % et 30 % du poids initial ont toutes été significativement supérieures sous association par rapport au placebo. D'après les communications du promoteur, environ 60 % des participants ont atteint au moins 20 % de perte de poids et environ 23 % au moins 30 %. L'essai a également rapporté des améliorations du tour de taille, de la pression artérielle systolique, du profil lipidique et des paramètres glycémiques, avec un retour à la normoglycémie chez environ 88 % des participants prédiabétiques. Une analyse secondaire a montré que 30,3 % des participants sous association atteignaient conjointement un IMC inférieur à 27 et un rapport tour de taille sur taille inférieur à 0,53, contre 19,1 % sous sémaglutide, 9,0 % sous cagrilintide et 3,3 % sous placebo.

Ces résultats concernent des critères de substitution anthropométriques et métaboliques. Ils ne démontrent pas, à ce stade, de bénéfice sur les événements cardiovasculaires, qui fait l'objet d'un essai distinct toujours en cours.

Pourquoi parle-t-on d'un écart entre les résultats et les attentes annoncées ?

En décembre 2024, le promoteur a publié les résultats principaux de REDEFINE 1 et annoncé une réduction pondérale de 22,7 % à 68 semaines. Le marché financier avait retenu une ambition antérieurement communiquée par l'entreprise autour de 25 %. L'écart, pourtant modeste en valeur absolue, a provoqué une chute de plus de 20 % du cours de l'action le jour de l'annonce. Cet épisode est devenu un cas d'école de la différence entre un résultat scientifiquement positif et un résultat commercialement décevant.

Sur le plan statistique, l'essai a atteint ses objectifs : la supériorité face au placebo et face aux deux monothérapies a été établie. L'écart porte donc sur une attente, non sur un critère de jugement. Plusieurs facteurs d'interprétation se superposent. Le premier est l'estimand retenu, déjà évoqué : selon l'analyse choisie, le même essai se lit 20,4 % ou 22,7 %. Le second est la comparaison implicite avec les chiffres communiqués pour d'autres molécules, souvent issus d'essais aux populations, durées et méthodes d'analyse différentes, ce qui rend la mise en regard directe hasardeuse.

Le troisième facteur est arrivé plus tard. En février 2026, le promoteur a annoncé les résultats de REDEFINE 4, un essai ouvert de comparaison directe face au tirzépatide. L'association a produit une réduction pondérale de 23,0 % à 84 semaines selon l'estimand d'efficacité, contre 25,5 % pour le comparateur, et de 20,2 % contre 23,6 % selon l'estimand de régime de traitement. Le critère principal de non-infériorité n'a pas été atteint. L'essai a donc confirmé une efficacité élevée dans l'absolu tout en situant l'association légèrement en dessous de son principal concurrent dans une comparaison en tête-à-tête.

La lecture raisonnable de cette séquence est la suivante : CagriSema s'inscrit clairement parmi les approches les plus efficaces documentées en pharmacologie de l'obésité, mais il n'a pas démontré la supériorité que les projections de 2023 et 2024 laissaient espérer. Pour un lecteur, l'enseignement méthodologique compte autant que le chiffre : une ambition annoncée avant la lecture des données n'est pas un critère de jugement, et un titre de presse ne précise presque jamais quel estimand il cite.

Que montrent REDEFINE 2 et le programme REIMAGINE chez les personnes diabétiques ?

REDEFINE 2 est un essai de phase 3a, en double aveugle et contrôlé contre placebo, conduit dans 12 pays et publié dans le New England Journal of Medicine en 2025. Il a inclus 1 206 adultes présentant un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 27, un diabète de type 2 et une hémoglobine glyquée comprise entre 7 et 10 %, répartis selon un rapport de 3 pour 1 entre association et placebo, avec intervention sur le mode de vie, pendant 68 semaines.

À 68 semaines, la variation moyenne estimée du poids corporel a été de 13,7 % sous association contre 3,4 % sous placebo, soit une différence estimée de 10,4 points de pourcentage. Cette réduction est nettement inférieure à celle observée dans REDEFINE 1, ce qui n'a rien d'inattendu : la perte de poids induite par les agonistes du GLP-1 est systématiquement plus faible chez les personnes diabétiques de type 2 que chez les personnes sans diabète, un phénomène déjà documenté dans les programmes antérieurs.

Le versant glycémique est en revanche marqué. Les données présentées au congrès de l'EASD en 2025 rapportent une baisse de l'hémoglobine glyquée de 2,0 points de pourcentage sous association contre 0,1 point sous placebo, avec 80,7 % des participants atteignant une valeur inférieure ou égale à 6,5 % contre 12,2 % sous placebo. Dans un sous-groupe suivi par mesure continue du glucose, le temps passé dans la cible glycémique était de 89,1 % contre 46,1 %.

Un second programme, baptisé REIMAGINE, explore l'association dans des situations plus variées du diabète de type 2. REIMAGINE 1, publié dans The Lancet Diabetes & Endocrinology en 2026, a évalué l'association chez des adultes insuffisamment contrôlés par le régime alimentaire et l'exercice dans 42 centres de six pays, avec deux niveaux de dose et un placebo. Selon l'estimand d'efficacité, la variation moyenne estimée de l'hémoglobine glyquée à 40 semaines a été de 1,8 point de pourcentage en moins pour le niveau le plus élevé, contre 0,1 point sous placebo. D'autres essais du même programme ont porté sur la comparaison avec les monothérapies et sur l'ajout à une insuline basale.

Ces résultats décrivent un profil cohérent : réduction pondérale plus modeste qu'en l'absence de diabète, mais effet glycémique substantiel. Ils ne constituent ni une recommandation ni une indication, l'association n'étant pas autorisée.

Quels effets indésirables ont été rapportés dans les essais ?

Le profil de tolérance décrit dans REDEFINE 1 est dominé par les troubles digestifs, comme pour l'ensemble de la classe. Les événements indésirables, majoritairement gastro-intestinaux, ont concerné 79,6 % des participants sous association contre 39,9 % sous placebo. Les manifestations les plus fréquemment rapportées ont été les nausées chez environ 55 % des participants, la constipation chez 30,7 % et les vomissements chez 26,1 %. Ces événements ont été décrits comme majoritairement transitoires et d'intensité légère à modérée.

Les arrêts pour événement indésirable ont concerné 5,9 % des participants sous association contre 3,5 % sous placebo. Ce chiffre mérite d'être souligné : un taux élevé d'événements digestifs ne se traduit pas mécaniquement par un taux élevé d'abandon, car la plupart des manifestations surviennent pendant les phases d'augmentation progressive puis s'atténuent. À l'inverse, un taux d'arrêt deux fois supérieur au placebo reste une donnée réelle et pertinente pour une population traitée au long cours.

Les mécanismes en cause recoupent largement ceux déjà décrits pour les analogues du GLP-1 : ralentissement de la vidange gastrique, action sur les centres bulbaires de la nausée et réduction de la prise alimentaire. Notre article sur les effets indésirables des agonistes du GLP-1 détaille ces mécanismes et les signaux de sécurité suivis dans cette classe, notamment les événements biliaires, la pancréatite et les questions de surveillance thyroïdienne issues des modèles animaux.

Une méta-analyse en réseau publiée en 2026, incluant 25 essais et 12 interventions, retrouve une augmentation des événements digestifs proportionnelle à l'intensité du schéma thérapeutique, tandis que la fréquence des événements indésirables graves restait comparable à celle observée sous placebo pour l'ensemble des stratégies comparées. Une revue systématique parue la même année dans le Journal of Diabetes & Metabolic Disorders aboutit à des conclusions convergentes sur le rapport entre réduction pondérale et tolérance digestive.

Deux limites importantes doivent être rappelées. D'une part, les essais publiés couvrent 68 à 84 semaines, ce qui ne renseigne pas sur la tolérance à cinq ou dix ans. D'autre part, les populations d'essais cliniques sont sélectionnées et plus suivies que la population générale, de sorte que les taux observés en pratique courante peuvent différer. Toute question relative à des effets indésirables individuels relève d'un professionnel de santé.

Comment l'association se situe-t-elle face au tirzépatide et au rétatrutide ?

Trois stratégies pharmacologiques coexistent aujourd'hui dans la recherche sur l'obésité. L'association amyline plus GLP-1, incarnée par CagriSema, combine deux voies de signalisation de la satiation. Le tirzépatide est un agoniste unique agissant sur deux récepteurs incrétines, le GIP et le GLP-1. Le rétatrutide ajoute à ces deux cibles une activité sur le récepteur du glucagon, d'où son appellation de triple agoniste.

La seule comparaison directe disponible est REDEFINE 4, essai ouvert mené chez 809 participants sur 84 semaines. L'association a atteint 23,0 % de réduction pondérale contre 25,5 % pour le tirzépatide à sa dose la plus élevée selon l'estimand d'efficacité, et 20,2 % contre 23,6 % selon l'estimand de régime de traitement. Le critère principal de non-infériorité n'a pas été atteint. Il s'agit d'un essai ouvert, donc sans aveugle sur le produit reçu, ce qui constitue une limite méthodologique à garder en tête.

Les comparaisons indirectes vont dans le même sens sans trancher franchement. La méta-analyse en réseau publiée dans Endocrinology, Diabetes & Metabolism en 2026 place le tirzépatide à sa dose la plus élevée et CagriSema au même niveau, en tête des comparateurs, avec de l'ordre de 17 à 18 points de réduction pondérale de plus que le placebo, loin devant les analogues du GLP-1 isolés. Les comparaisons indirectes restent toutefois sensibles aux différences de populations et de durées entre essais.

Pour le rétatrutide, les résultats de phase 3 annoncés par le promoteur en mai 2026 dans l'essai TRIUMPH-1 portent sur 2 339 adultes avec obésité ou surpoids et au moins une complication liée au poids, sans diabète. La réduction pondérale moyenne a été de 25,9 % et 28,3 % aux deux niveaux de dose les plus élevés à 80 semaines, et 45,3 % des participants du groupe le plus fortement exposé ont atteint au moins 30 % de perte de poids. Un essai distinct, TRIUMPH-2, a été publié chez des adultes avec obésité et diabète de type 2.

La conclusion prudente est qu'aucune hiérarchie définitive ne peut être établie aujourd'hui. L'efficacité pondérale n'est qu'un critère parmi d'autres : la tolérance, l'effet sur les événements cardiovasculaires, la durabilité de la perte de poids après arrêt, le coût et la disponibilité peuvent peser autant, voire davantage, dans l'évaluation d'une stratégie au long cours.

Où en est la demande d'autorisation de mise sur le marché ?

Le 18 décembre 2025, Novo Nordisk a annoncé le dépôt d'une demande d'autorisation (New Drug Application) auprès de la Food and Drug Administration américaine pour l'association hebdomadaire cagrilintide et sémaglutide, dans le cadre d'une prise en charge du poids associée à une réduction de l'apport calorique et à une augmentation de l'activité physique, chez l'adulte avec obésité ou surpoids accompagné d'au moins une comorbidité liée au poids.

Le dossier repose principalement sur les deux essais pivots décrits plus haut : REDEFINE 1, chez 3 417 adultes avec obésité ou surpoids sans diabète, et REDEFINE 2, chez 1 206 adultes avec diabète de type 2. Le promoteur a indiqué anticiper une décision américaine vers la fin de l'année 2026. À la date de publication de cet article, aucune date de décision officielle n'a été confirmée publiquement par l'agence, et aucune autorisation n'a été accordée.

Il faut en tirer une conséquence pratique nette : CagriSema n'est, à ce jour, approuvé dans aucune juridiction. Tout produit présenté sous ce nom en dehors d'un essai clinique ou d'un circuit pharmaceutique autorisé se situe hors du cadre réglementaire. Les statuts juridiques des peptides de recherche varient d'un pays à l'autre et évoluent rapidement, en particulier pour les préparations issues de circuits de compoundage ou de vente dite « à usage de recherche uniquement ».

Le programme réglementaire ne s'arrête pas à cette demande. REDEFINE 3 est un essai cardiovasculaire événementiel comparant l'association à un placebo chez environ 7 000 adultes présentant une maladie cardiovasculaire établie, avec ou sans diabète de type 2. Son objectif principal est de confirmer la sécurité cardiovasculaire en démontrant la non-infériorité pour la survenue d'un premier événement cardiovasculaire majeur à trois composantes, à savoir décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal ou accident vasculaire cérébral non fatal. La date d'achèvement estimée est fixée à octobre 2027. Les résultats de cet essai seront déterminants pour positionner l'association au-delà du seul critère pondéral.

Quelles questions restent sans réponse ?

La première question est celle du bénéfice clinique dur. Les essais publiés mesurent le poids, le tour de taille, la pression artérielle, les lipides et l'hémoglobine glyquée. Ce sont des critères de substitution utiles mais insuffisants : seule une étude d'événements comme REDEFINE 3 pourra dire si l'association réduit la mortalité cardiovasculaire, les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux, et non seulement les facteurs de risque qui les précèdent.

La deuxième question est celle de la durée. Un suivi de 68 à 84 semaines ne renseigne ni sur le maintien de la perte de poids au-delà de deux ans, ni sur la reprise pondérale après interruption, ni sur la tolérance à très long terme. Les données disponibles pour la classe suggèrent une reprise substantielle après arrêt, ce qui pose la question d'une exposition prolongée et de son acceptabilité.

La troisième question est celle de la composition corporelle. L'hypothèse selon laquelle la composante amyline modifierait favorablement la répartition entre masse maigre et masse grasse est séduisante mais reste insuffisamment documentée chez l'humain pour être affirmée. Il en va de même des effets osseux, qui font l'objet d'investigations spécifiques.

La quatrième question est celle de la place thérapeutique. Avec un essai direct non concluant face au tirzépatide et un triple agoniste affichant des réductions pondérales plus élevées dans ses propres essais, le positionnement de l'association dépendra autant de la tolérance comparée, du prix et de l'accès que de l'efficacité brute. Les données de pratique réelle, absentes par définition pour un produit non autorisé, manqueront encore plusieurs années.

Enfin, une question de sécurité publique mérite d'être nommée. La notoriété de CagriSema a précédé son autorisation, ce qui alimente une offre parallèle de produits non contrôlés. Un peptide vendu hors circuit pharmaceutique n'offre aucune garantie d'identité, de pureté, de stérilité ni de teneur. Cet article ne propose aucun lien d'achat et ne décrit aucune modalité d'emploi. Il a une finalité strictement informative : toute décision de santé doit être discutée avec un professionnel de santé qualifié, et les informations présentées ici ne constituent ni un avis médical ni une recommandation.

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Questions fréquentes

CagriSema est-il un médicament autorisé ?
Non. À la date de publication de cet article, l'association cagrilintide et sémaglutide n'est approuvée dans aucune juridiction. Une demande d'autorisation a été déposée auprès de la FDA américaine le 18 décembre 2025, et le promoteur a indiqué anticiper une décision vers la fin de l'année 2026. Tant qu'aucune autorisation n'est accordée, il s'agit d'un candidat-médicament expérimental, accessible uniquement dans le cadre d'essais cliniques.
Pourquoi lit-on parfois 20,4 % et parfois 22,7 % pour REDEFINE 1 ?
Les deux chiffres proviennent du même essai mais correspondent à deux analyses statistiques différentes. La valeur de 20,4 % relève de l'estimand de politique de traitement, qui inclut tous les participants randomisés, y compris ceux ayant interrompu le produit ou ajouté un autre traitement. La valeur de 22,7 % relève d'un estimand d'efficacité, qui estime l'effet attendu si le produit avait été pris comme prévu pendant toute la durée de l'étude. La première est plus proche de la pratique réelle, la seconde de l'effet pharmacologique maximal.
Pourquoi les résultats ont-ils été jugés décevants alors que l'essai était positif ?
REDEFINE 1 a atteint ses objectifs statistiques : l'association a été supérieure au placebo et aussi à chacun de ses deux composants pris isolément. La déception portait sur une ambition de 25 % de perte de poids communiquée par l'entreprise avant la lecture des données, et non sur un critère de jugement de l'essai. L'annonce de décembre 2024 a provoqué une chute de plus de 20 % du cours de l'action, ce qui illustre la différence entre un résultat scientifiquement positif et un résultat perçu comme commercialement insuffisant.
Quelle est la différence entre CagriSema et le cagrilintide seul ?
Le cagrilintide est un analogue de l'amyline utilisé seul, dont l'effet pondéral mesuré dans REDEFINE 1 a été de 11,5 % à 68 semaines. CagriSema désigne la co-formulation qui y ajoute le sémaglutide, un analogue du GLP-1, dans une seule injection hebdomadaire. Dans le même essai, l'association a atteint 20,4 %, soit davantage que chacune des deux monothérapies. Le guide consacré au cagrilintide détaille les caractéristiques propres de l'analogue de l'amyline.
L'association est-elle plus efficace que le tirzépatide ?
Non, pas selon la seule comparaison directe disponible. Dans l'essai ouvert REDEFINE 4, mené chez 809 participants sur 84 semaines, la réduction pondérale a été de 23,0 % sous association contre 25,5 % sous tirzépatide à sa dose la plus élevée selon l'estimand d'efficacité, et de 20,2 % contre 23,6 % selon l'estimand de régime de traitement. Le critère principal de non-infériorité n'a pas été atteint. Les deux stratégies produisent néanmoins des réductions pondérales supérieures à 20 %.
Quels sont les effets indésirables les plus fréquents rapportés dans les essais ?
Les troubles digestifs dominent. Dans REDEFINE 1, les événements indésirables, majoritairement gastro-intestinaux, ont concerné 79,6 % des participants sous association contre 39,9 % sous placebo, avec des nausées chez environ 55 %, une constipation chez 30,7 % et des vomissements chez 26,1 %. Ces manifestations ont été décrites comme majoritairement transitoires et d'intensité légère à modérée. Les arrêts pour événement indésirable ont concerné 5,9 % des participants contre 3,5 % sous placebo.
Les résultats sont-ils les mêmes chez les personnes diabétiques de type 2 ?
Non, la réduction pondérale est plus modeste. Dans REDEFINE 2, menée chez 1 206 adultes avec diabète de type 2, la variation moyenne du poids à 68 semaines a été de 13,7 % contre 3,4 % sous placebo. Cet écart avec REDEFINE 1 est cohérent avec ce que l'on observe depuis longtemps dans cette classe. En revanche, l'effet glycémique est marqué, avec une baisse de l'hémoglobine glyquée de 2,0 points de pourcentage contre 0,1 point sous placebo selon les données présentées à l'EASD en 2025.
Dispose-t-on de données cardiovasculaires pour cette association ?
Pas encore. Les essais publiés rapportent des améliorations de facteurs de risque comme la pression artérielle systolique, le tour de taille, le profil lipidique et la glycémie, mais ce sont des critères de substitution. L'essai REDEFINE 3 évalue la sécurité cardiovasculaire chez environ 7 000 adultes avec maladie cardiovasculaire établie, en testant la non-infériorité face au placebo sur un critère composite associant décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal et accident vasculaire cérébral non fatal. Son achèvement est estimé à octobre 2027.

Sources

  1. Garvey WT, et al. (REDEFINE 1 Study Group) (2025). Coadministered Cagrilintide and Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity. New England Journal of Medicine.
  2. REDEFINE 2 Study Group (2025). Cagrilintide-Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity and Type 2 Diabetes. New England Journal of Medicine.
  3. Investigateurs REIMAGINE 1 (2026). Efficacy and safety of once-weekly cagrilintide-semaglutide (CagriSema) in adults with type 2 diabetes inadequately controlled on diet and exercise (REIMAGINE 1): a randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 3a study. The Lancet Diabetes & Endocrinology.
  4. Oliveira Carvas A, Leuthardt A, Lutz TA, Le Foll C, et al. (2025). Cagrilintide lowers bodyweight through brain amylin receptors 1 and 3. eBioMedicine.
  5. Auteurs de la méta-analyse en réseau (2026). Comparative Effectiveness of CagriSema, Semaglutide, Cagrilintide and Tirzepatide in the Management of Overweight and Obesity: A Network Meta-Analysis of Randomized Clinical Trials. Endocrinology, Diabetes & Metabolism.
  6. Auteurs de la revue systématique (2026). Cagrilintide and CagriSema for weight reduction and metabolic risk modification in overweight or obesity: a systematic review and meta-analysis. Journal of Diabetes & Metabolic Disorders.
  7. Novo Nordisk A/S (2024). CagriSema demonstrates superior weight loss in adults with obesity or overweight in the REDEFINE 1 trial (communiqué du 20 décembre 2024). Company announcement.
  8. Novo Nordisk A/S (2026). CagriSema demonstrated 23% weight loss in an open-label head-to-head REDEFINE 4 trial in people with obesity, the primary endpoint was not achieved (communiqué du 23 février 2026). Company announcement.
  9. Novo Nordisk A/S (2025). Novo Nordisk files for FDA approval of CagriSema, the first once-weekly combination of GLP-1 and amylin analogues for weight management (communiqué du 18 décembre 2025). Press release.
  10. Novo Nordisk A/S (2026). REDEFINE 3: A Research Study to See the Effects of CagriSema in People Living With Diseases in the Heart and Blood Vessels (NCT05669755). ClinicalTrials.gov.
  11. Eli Lilly and Company (2026). Lilly's triple agonist, retatrutide, delivered powerful weight loss in pivotal Phase 3 obesity trial (TRIUMPH-1, annonce du 21 mai 2026). Investor news release.

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