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GLP-1R

Survodutide, mazdutide, cagrilintide

Survodutide (BI 456906), mazdutide (IBI362 / LY3305677), cagrilintide (AM833)

Survodutide : environ 4 231,69 g/mol Masse moléculaire
Survodutide : C₁₉₂H₂₈₉N₄₇O₆₁ Formule brute
Mazdutide approuvé en Chine ; survodutide et cagrilintide non approuvés à ce jour Statut réglementaire
Trois structures distinctes : le survodutide est un analogue acylé du glucagon de 29 acides aminés porteur d'une chaîne grasse C18 ; le mazdutide est un analogue de l'oxyntomoduline mammifère ; le cagrilintide est un analogue acylé à longue durée d'action de l'amyline humaine, une hormone pancréatique de 37 acides aminés.
Survodutide, mazdutide, cagrilintide Photo: Google DeepMind

Quelles molécules composent la génération qui suit le rétatrutide ?

Depuis l'arrivée du sémaglutide puis du tirzépatide, la recherche sur l'obésité et les maladies cardiométaboliques a pris une direction claire : multiplier les cibles hormonales plutôt que de pousser une seule voie plus fort. Le rétatrutide a popularisé cette idée auprès du grand public en agissant simultanément sur trois récepteurs. Mais il n'est ni le seul ni le plus avancé sur le plan réglementaire. Trois autres noms reviennent constamment dans les recherches en ligne : survodutide, mazdutide (souvent orthographié maxdutide) et cagrilintide.

Ces trois molécules sont régulièrement présentées comme un même bloc, la génération d'après. C'est une simplification trompeuse. Elles ne visent pas les mêmes récepteurs, elles ne sont pas au même stade de développement et, surtout, leur statut réglementaire diffère radicalement. L'une d'entre elles est un médicament approuvé dans un grand pays. Les deux autres ne sont approuvées nulle part au monde, ni pour l'obésité ni pour aucune autre indication.

Le survodutide, développé par Boehringer Ingelheim en partenariat avec Zealand Pharma, est un double agoniste du récepteur du GLP-1 et du récepteur du glucagon. Le mazdutide, développé par Innovent Biologics avec Eli Lilly, cible la même paire de récepteurs mais à partir d'une structure chimique différente, dérivée de l'oxyntomoduline. Le cagrilintide, développé par Novo Nordisk, n'appartient pas à la famille des incrétines : c'est un analogue à longue durée d'action de l'amyline, une hormone cosécrétée avec l'insuline par les cellules bêta du pancréas.

Cette page a un objectif précis : situer chaque molécule par sa cible réelle et par son stade d'essai clinique effectivement atteint et publié, puis dire clairement laquelle est approuvée et où. Les éléments cités renvoient à des publications d'essais indexées, pas à des communiqués de presse d'entreprise. Pour les bases du mécanisme incrétine, le guide GLP-1 et l'article de synthèse sur les agonistes du GLP-1 constituent une lecture préalable utile.

Comment comparer survodutide, mazdutide et cagrilintide en un coup d'oeil ?

Le tableau ci-dessous résume les éléments vérifiables à la date de publication de cette page. La colonne la plus importante n'est pas celle des résultats, mais celle du statut réglementaire : c'est elle qui sépare un médicament autorisé d'une molécule expérimentale.

CritèreSurvodutide (BI 456906)Mazdutide (IBI362)Cagrilintide (AM833)
Récepteurs visésGLP-1 et récepteur du glucagon (GCGR)GLP-1 et récepteur du glucagon (GCGR)Récepteurs de l'amyline et du calcitonin gene-related peptide
FamilleAnalogue acylé du glucagon, 29 acides aminésAnalogue de l'oxyntomoduline mammifèreAnalogue de l'amyline, non incrétine
PromoteurBoehringer Ingelheim et Zealand PharmaInnovent Biologics et Eli LillyNovo Nordisk
Phase publiée la plus avancéePhase 3 (SYNCHRONIZE-1, obésité) et phase 3 MASLDPhase 3 (GLORY-1 et GLORY-2, obésité)Phase 3 en association avec le sémaglutide (REDEFINE 1)
Données humaines publiéesPhase 2 obésité 2024, phase 2 MASH 2024, phase 3 obésité 2026Phase 2 2023, phase 3 obésité 2025 et 2026Phase 2 monothérapie 2021, phase 3 en association 2025
Statut réglementaireNon approuvé, aucun paysApprouvé en Chine (NMPA) : obésité juin 2025, diabète de type 2 septembre 2025. Non approuvé FDA ni EMANon approuvé, aucun pays, ni seul ni en association
Principales inconnuesEffets cardiovasculaires à long terme, durabilité au-delà de 76 semaines, profil hépatique et cardiaque de l'agonisme glucagon prolongéTransposabilité des résultats hors population chinoise, données à très long terme, résultats sur événements cliniques dursContribution propre du cagrilintide en monothérapie prolongée, immunogénicité, résultats sur la morbi-mortalité

Trois remarques s'imposent sur la lecture de ce tableau. D'abord, la phase atteinte ne préjuge pas du résultat : un programme de phase 3 peut échouer ou être interrompu. Ensuite, une approbation dans un pays ne vaut pas approbation ailleurs, et les agences n'évaluent pas les mêmes dossiers ni les mêmes populations. Enfin, les colonnes ne sont pas comparables entre elles de manière quantitative, pour une raison développée plus loin dans cette page.

Aucune des informations de ce tableau ne constitue un conseil d'utilisation. Elle décrit un état de la recherche et de la réglementation, rien de plus.

Qu'est-ce qu'un double agoniste ou un triple agoniste ?

Un agoniste est une molécule qui se fixe sur un récepteur cellulaire et l'active, en imitant l'effet de l'hormone naturelle. Un agoniste simple, comme le sémaglutide, n'active qu'un récepteur : celui du GLP-1. Un double agoniste active deux récepteurs distincts avec une seule molécule. Un triple agoniste en active trois.

Cette architecture n'est pas un simple empilement. Elle repose sur le fait que plusieurs hormones métaboliques partagent une origine évolutive commune, le gène du proglucagon, et donc des ressemblances structurelles. Le GLP-1, le glucagon et l'oxyntomoduline dérivent tous de ce précurseur. En modifiant quelques acides aminés d'une séquence de base et en y greffant une chaîne grasse qui prolonge la durée de vie plasmatique, les chimistes peuvent moduler l'affinité relative de la molécule pour chaque récepteur.

Le résultat est ce que l'on appelle un ratio d'agonisme : une molécule peut être fortement GLP-1 et faiblement glucagon, ou l'inverse. Ce ratio n'est pas un détail. Il détermine largement le profil d'efficacité et de tolérance, et il explique pourquoi deux doubles agonistes GLP-1 et glucagon comme le survodutide et le mazdutide ne se comportent pas de manière identique malgré des cibles nominalement identiques.

Le cagrilintide illustre une logique différente. Il n'entre pas dans cette famille. L'amyline est cosécrétée avec l'insuline et agit sur des récepteurs du tronc cérébral impliqués dans la satiété et dans le ralentissement de la vidange gastrique. L'intérêt de l'associer à un agoniste du GLP-1 n'est donc pas d'intensifier une même voie, mais d'en solliciter deux mécaniquement indépendantes. C'est le raisonnement derrière l'association cagrilintide et sémaglutide, développée sous le nom CagriSema.

Dans les trois cas, il s'agit de peptides injectables à longue durée d'action, administrés par voie sous-cutanée dans les protocoles d'essai. Aucune forme orale de ces trois molécules n'est aujourd'hui autorisée.

Pourquoi viser le récepteur du glucagon en plus du GLP-1 ?

À première vue, la démarche paraît contre-intuitive. Le glucagon est l'hormone de l'hyperglycémie : il mobilise le glucose hépatique quand la glycémie baisse. L'activer chez des personnes présentant une obésité ou un diabète de type 2 semble aller dans le mauvais sens.

La logique repose sur une dissociation d'effets. Le glucagon augmente la dépense énergétique au repos et stimule la lipolyse ainsi que l'oxydation des graisses, notamment au niveau hépatique. Le GLP-1, lui, réduit les apports alimentaires par un effet central sur la satiété et stimule la sécrétion d'insuline de façon glucose-dépendante. En combinant les deux, l'objectif théorique est d'agir sur les deux côtés du bilan énergétique, les entrées et les dépenses, tout en laissant l'effet insulinotrope du GLP-1 compenser l'effet hyperglycémiant du glucagon.

Cette hypothèse a une conséquence concrète intéressante sur le foie. La composante glucagon est la raison pour laquelle les doubles agonistes GLP-1 et glucagon ont été testés tôt dans la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, la MASH. L'essai de phase 2 du survodutide dans la MASH avec fibrose, publié dans le New England Journal of Medicine en 2024, a porté sur des adultes avec MASH confirmée par biopsie et fibrose de stade F1 à F3, traités 48 semaines par survodutide 2,4 mg, 4,8 mg, 6,0 mg ou placebo. Une amélioration de la MASH sans aggravation de la fibrose a été observée chez 47 %, 62 % et 43 % des participants selon la dose, contre 14 % sous placebo.

La contrepartie de l'agonisme glucagon reste incomplètement caractérisée. Les questions ouvertes portent sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle, l'équilibre glycémique chez les personnes déjà fragiles sur ce plan, et sur les effets d'une stimulation glucagon prolongée pendant des années. Aucun essai publié à ce jour n'a de recul suffisant pour y répondre. Les effets indésirables digestifs restent par ailleurs la catégorie dominante, comme pour l'ensemble de la classe, sujet détaillé dans notre article sur les effets secondaires des GLP-1.

Survodutide : où en est réellement le dossier clinique ?

Le survodutide, anciennement BI 456906, est un peptide acylé de 29 acides aminés dérivé du glucagon, porteur d'une chaîne grasse C18 qui lui confère une administration hebdomadaire. Il agit comme double agoniste des récepteurs du glucagon et du GLP-1. Il est développé par Boehringer Ingelheim, avec Zealand Pharma comme partenaire d'origine de la molécule.

Le premier jalon important dans l'obésité est un essai de phase 2 de recherche de dose, randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo, publié dans The Lancet Diabetes and Endocrinology en 2024. Il a inclus 387 participants randomisés, dont 386 traités, présentant un indice de masse corporelle d'au moins 27 kg/m² sans diabète, répartis entre survodutide 0,6 mg, 2,4 mg, 3,6 mg, 4,8 mg et placebo pendant 46 semaines. La réduction pondérale était dose-dépendante et atteignait jusqu'à environ 12 % de plus que sous placebo, avec 55 % des participants du groupe 4,8 mg atteignant une perte d'au moins 15 % du poids corporel. Le taux d'arrêt était notable : 233 participants sur 386, soit 60,4 %, ont terminé la période de traitement de 46 semaines. Le profil de tolérance était dominé par les troubles digestifs.

Le programme de phase 3 SYNCHRONIZE a ensuite pris le relais. L'essai SYNCHRONIZE-1, publié dans le New England Journal of Medicine en juin 2026, a randomisé des adultes avec un IMC d'au moins 30 kg/m², ou d'au moins 27 kg/m² avec au moins une complication liée au poids, sans diabète, entre survodutide titré jusqu'à 3,6 mg, survodutide titré jusqu'à 6,0 mg et placebo, pendant 76 semaines. Selon l'estimand dit de régime de traitement, la variation moyenne du poids à la semaine 76 était de -12,2 % dans le groupe 3,6 mg, -13,0 % dans le groupe 6,0 mg et -5,4 % sous placebo. Une réduction d'au moins 5 % du poids a été atteinte par 72,6 %, 71,9 % et 46,3 % des participants respectivement.

Un point méthodologique mérite attention ici, car il explique des écarts de chiffres entre sources. Les essais modernes rapportent souvent deux estimands : l'un qui tient compte de tous les participants quelle que soit l'observance, l'autre qui estime l'effet chez ceux qui poursuivent le traitement comme prévu. Les valeurs plus élevées parfois relayées dans la presse proviennent du second. Les deux sont légitimes, mais ils ne répondent pas à la même question et ne doivent pas être mélangés.

Le survodutide a également été évalué en phase 3 dans la maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique, avec l'essai SYNCHRONIZE-MASLD publié dans Nature Medicine en 2026. Malgré ce programme substantiel, le survodutide n'est approuvé dans aucun pays à la date de publication de cette page. Il reste une molécule expérimentale.

Mazdutide (maxdutide) : pourquoi est-il le seul des trois à être approuvé ?

Le mazdutide, aussi appelé IBI362 ou LY3305677, est fréquemment orthographié maxdutide dans les recherches francophones. Il est développé par Innovent Biologics en Chine, à partir d'une molécule issue d'Eli Lilly. Première précision importante, car l'erreur est répandue : le mazdutide ne cible pas le récepteur du GIP. C'est un double agoniste du récepteur du GLP-1 et du récepteur du glucagon, construit sur un squelette d'oxyntomoduline mammifère. Le triple agonisme incluant le GIP est la signature du rétatrutide, traité dans notre guide dédié, et le double agonisme GLP-1 plus GIP est celui du tirzépatide.

Le programme de phase 3 GLORY constitue la base des données humaines. GLORY-1, publié dans le New England Journal of Medicine en 2025, a inclus 610 adultes chinois en surpoids avec comorbidités ou avec obésité, randomisés entre mazdutide 4 mg, mazdutide 6 mg et placebo en injection hebdomadaire pendant 32 semaines, avec prolongation jusqu'à la semaine 48. À la semaine 32, la variation moyenne du poids par rapport à l'inclusion était de -10,09 % dans le groupe 4 mg et -12,55 % dans le groupe 6 mg. À la semaine 48, elle atteignait -11,00 % et -14,01 % respectivement. Une perte d'au moins 15 % du poids était observée chez 37,0 % des participants sous 4 mg et 50,6 % sous 6 mg à la semaine 48, contre 2,1 % sous placebo.

GLORY-2, publié dans JAMA en 2026, a testé une dose plus élevée. Cet essai de phase 3 en double aveugle contre placebo, mené dans 27 hôpitaux chinois entre décembre 2023 et novembre 2025, a inclus 462 adultes chinois avec un IMC d'au moins 30 kg/m², dont 16,0 % avec un diabète de type 2. Les participants ont été randomisés selon un ratio 2:1 entre mazdutide 9 mg hebdomadaire (308 personnes) et placebo (154 personnes) pendant 60 semaines, en complément d'un régime hypocalorique et d'une activité physique accrue. La réduction pondérale moyenne était de -16,65 % sous mazdutide contre -1,50 % sous placebo, avec des améliorations des paramètres cardiométaboliques secondaires. Les réactions indésirables gastro-intestinales étaient plus fréquentes sous mazdutide.

Sur le plan réglementaire, le mazdutide se distingue nettement des deux autres molécules de cette page. En juin 2025, il a reçu sa première approbation mondiale, en Chine, auprès de la NMPA, pour la gestion pondérale à long terme chez l'adulte avec un IMC d'au moins 28 kg/m², ou d'au moins 24 kg/m² accompagné d'au moins une comorbidité liée au poids. En septembre 2025, il a également été approuvé en Chine pour le contrôle glycémique chez l'adulte atteint de diabète de type 2. Il s'agit du premier double agoniste glucagon et GLP-1 approuvé au monde.

Cette approbation ne s'étend pas au-delà de la Chine. Le mazdutide n'est approuvé ni par la FDA aux États-Unis ni par l'EMA en Europe. Un dossier d'approbation repose par ailleurs sur une population donnée : les essais pivots ont été menés chez des adultes chinois, et la transposabilité des résultats à d'autres populations reste une question ouverte, non une évidence.

Cagrilintide : que retenir de l'analogue de l'amyline ?

Le cagrilintide occupe une place à part dans cette page parce qu'il ne partage aucune cible avec les deux autres molécules. C'est un analogue acylé à longue durée d'action de l'amyline, hormone de 37 acides aminés cosécrétée avec l'insuline par les cellules bêta pancréatiques. Son action passe par des récepteurs du tronc cérébral impliqués dans la satiété et par un ralentissement de la vidange gastrique. Il est développé par Novo Nordisk.

Les données humaines de référence en monothérapie proviennent d'un essai de phase 2 de recherche de dose, publié dans The Lancet en 2021, mené en double aveugle avec contrôle placebo et contrôle actif sur 26 semaines. Il a inclus 706 participants randomisés vers cinq doses de cagrilintide hebdomadaire de 0,3 mg à 4,5 mg, 99 participants vers le liraglutide 3,0 mg quotidien et 101 vers le placebo, chez des adultes en surpoids ou avec obésité. Les auteurs concluaient à une réduction pondérale significative et à une tolérance acceptable, justifiant la poursuite du développement.

Le cagrilintide est aujourd'hui surtout étudié en association avec le sémaglutide, sous le nom CagriSema. L'essai de phase 3 REDEFINE 1, publié dans le New England Journal of Medicine en 2025, a inclus 3 417 adultes sans diabète, randomisés vers l'association cagrilintide et sémaglutide, le sémaglutide seul, le cagrilintide seul ou le placebo, pendant 68 semaines. À la semaine 68, la variation moyenne estimée du poids était de -20,4 % sous association contre -3,0 % sous placebo.

Sur le plan réglementaire, la situation est simple à énoncer : le cagrilintide n'est approuvé nulle part, ni seul ni en association. Le dossier d'enregistrement de CagriSema a été déposé auprès de la FDA fin 2025 et l'examen était en cours à la date de publication de cette page. Un dépôt n'est pas une approbation, et une date d'examen annoncée n'est pas une garantie de décision favorable.

Cette section reste volontairement synthétique. Le mécanisme amyline, le détail des essais et les questions ouvertes sont développés dans notre guide dédié au cagrilintide. Un calculateur de reconstitution y est associé à titre d'outil technique, sans valeur de recommandation posologique.

En quoi ces molécules diffèrent-elles du sémaglutide et du tirzépatide ?

La différence se lit d'abord sur la liste des récepteurs. Le sémaglutide est un agoniste unique du récepteur du GLP-1. Le tirzépatide est un double agoniste des récepteurs du GLP-1 et du GIP, deux incrétines intestinales. Le survodutide et le mazdutide remplacent le GIP par le récepteur du glucagon, qui n'est pas une incrétine mais une hormone pancréatique à action essentiellement hépatique. Le rétatrutide combine les trois. Le cagrilintide sort entièrement de ce cadre.

Cette différence de cible a des conséquences théoriques distinctes. L'axe GIP est associé à une action sur le tissu adipeux et à une possible atténuation des effets digestifs. L'axe glucagon est associé à une augmentation de la dépense énergétique et à une action hépatique sur la stéatose. Ce ne sont pas des stratégies interchangeables : elles reposent sur des hypothèses physiologiques différentes et exposent à des profils de risque différents.

La deuxième différence, la plus décisive en pratique, est le volume de preuves accumulé. Le sémaglutide et le tirzépatide disposent de programmes d'essais de phase 3 complets, d'approbations dans de nombreuses juridictions, de plusieurs années de pharmacovigilance post-commercialisation et, pour certaines indications, de résultats sur des événements cliniques durs. Le survodutide et le cagrilintide n'ont, à ce stade, aucune approbation et aucun recul post-commercialisation. Le mazdutide dispose d'une approbation en Chine depuis 2025, soit un recul très court à l'échelle d'un médicament chronique.

Il faut enfin insister sur un piège de lecture courant. Aligner côte à côte un chiffre de perte de poids de l'essai A et un chiffre de l'essai B pour désigner un vainqueur n'a pas de validité scientifique. Les populations incluses, les IMC de départ, la durée du suivi, la stratégie de titration, la proportion de personnes diabétiques, l'intensité de l'accompagnement hygiéno-diététique et la méthode statistique diffèrent d'un essai à l'autre. Seule une comparaison directe randomisée permet de conclure entre deux molécules. Notre comparaison entre rétatrutide et tirzépatide développe cette limite méthodologique, qui s'applique intégralement ici.

Que ne montrent pas les essais publiés à ce jour ?

Les essais disponibles répondent à une question précise : un changement de poids, ou un critère histologique hépatique, sur une durée définie, dans une population sélectionnée. Ils ne répondent pas aux questions suivantes, et il est important de l'énoncer explicitement.

  • Les effets au-delà de la durée étudiée. Le suivi le plus long parmi les essais cités ici est de 76 semaines pour le survodutide. L'obésité étant une maladie chronique, l'horizon pertinent se compte en années, voire en décennies. Aucune donnée de ce type n'existe pour ces trois molécules.
  • Les effets sur la morbi-mortalité. Réduire le poids et réduire le risque d'infarctus, d'accident vasculaire cérébral ou de décès sont deux choses distinctes. Des essais de sécurité cardiovasculaire sont en cours pour le survodutide, mais leurs résultats n'étaient pas publiés à la date de rédaction de cette page.
  • Ce qui se passe à l'arrêt. La reprise pondérale après interruption est documentée pour la classe des agonistes du GLP-1. Les données spécifiques d'arrêt pour ces trois molécules sont limitées.
  • La sécurité dans les populations exclues des essais. Les protocoles excluent généralement la grossesse et l'allaitement, certains antécédents thyroïdiens ou pancréatiques, les insuffisances organiques sévères et, souvent, les mineurs. Ce qui n'a pas été étudié ne peut pas être présumé sûr.
  • Les interactions et les associations non testées. Combiner ces molécules entre elles ou avec d'autres agents relève de protocoles de recherche formels. Aucune donnée publiée ne soutient ce type de pratique en dehors des associations spécifiquement étudiées comme CagriSema.

Un point de tolérance est constant dans toutes les études citées : les effets indésirables gastro-intestinaux, nausées, vomissements, diarrhée et constipation, dominent le profil et constituent la principale cause d'arrêt. Le taux de sortie d'essai élevé observé dans la phase 2 du survodutide, avec 60,4 % de participants seulement terminant les 46 semaines, illustre concrètement cette réalité.

Enfin, l'écart entre ce qui est publié dans une revue à comité de lecture et ce qui circule dans les communiqués ou sur les réseaux sociaux est souvent important. Les chiffres les plus spectaculaires sont fréquemment des analyses en sous-groupe, des estimands optimistes ou des résultats préliminaires non revus par les pairs. Vérifier la source primaire reste la seule protection fiable.

Quel est le statut réglementaire de ces molécules et quelles précautions s'imposent ?

Récapitulons sans ambiguïté, car c'est le point le plus souvent brouillé en ligne. Le mazdutide est un médicament approuvé, en Chine uniquement, par la NMPA, pour la gestion pondérale depuis juin 2025 et pour le contrôle glycémique dans le diabète de type 2 depuis septembre 2025. Le survodutide n'est approuvé dans aucun pays. Le cagrilintide n'est approuvé dans aucun pays, ni seul ni en association fixe avec le sémaglutide.

Une approbation nationale ne crée aucun droit d'utilisation ailleurs. Un médicament autorisé en Chine reste, en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada, un produit non autorisé. Importer, détenir ou administrer un médicament non autorisé relève d'un cadre juridique propre à chaque pays, et ce cadre évolue. La responsabilité de vérifier la réglementation applicable revient à chacun, idéalement avec un professionnel de santé ou un pharmacien.

Hors circuit pharmaceutique, ces trois noms circulent sous forme de préparations étiquetées pour usage de laboratoire. Ces produits ne sont ni des médicaments ni des compléments alimentaires : ils ne font l'objet d'aucune évaluation réglementaire de qualité, d'identité, de pureté, de stérilité ou de dosage réel, et ils ne sont pas destinés à l'usage humain. La différence entre un lot pharmaceutique et une préparation de recherche ne se voit pas à l'oeil nu sur un flacon.

Cette page ne comporte volontairement aucune recommandation de dose, de schéma de titration ou de protocole d'administration. Les doses mentionnées dans les sections précédentes sont celles utilisées dans des essais cliniques encadrés, avec sélection des participants, surveillance médicale, suivi biologique et gestion des effets indésirables. Elles ne sont pas transposables en dehors de ce contexte et ne constituent pas une indication d'usage.

Avertissement médical. Ce contenu est fourni à titre éducatif et informatif uniquement. Il ne constitue pas un avis médical, un diagnostic ou une recommandation thérapeutique, et ne remplace pas la consultation d'un professionnel de santé qualifié. Le survodutide et le cagrilintide ne sont approuvés par aucune autorité réglementaire ; le mazdutide n'est approuvé qu'en Chine et n'est autorisé ni par la FDA ni par l'EMA. Si vous envisagez une prise en charge de l'obésité ou d'un trouble métabolique, adressez-vous à un médecin. Pour des repères sur les options déjà autorisées, consultez notre guide des agonistes du GLP-1.

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Questions fréquentes

Le survodutide est-il approuvé quelque part dans le monde ?
Non. À la date de publication de cette page, le survodutide n'est approuvé par aucune autorité réglementaire, dans aucun pays. Il dispose pourtant d'un dossier clinique substantiel, avec un essai de phase 2 dans l'obésité publié en 2024, un essai de phase 2 dans la MASH avec fibrose publié la même année, et l'essai de phase 3 SYNCHRONIZE-1 publié dans le New England Journal of Medicine en juin 2026. Avoir des résultats de phase 3 publiés et être approuvé sont deux étapes distinctes : entre les deux, il y a le dépôt d'un dossier complet, son évaluation par l'agence et une décision qui peut être positive, négative ou différée.
Le mazdutide cible-t-il vraiment le récepteur du GIP ?
Non, et c'est une confusion très répandue. Le mazdutide, aussi orthographié maxdutide, est un double agoniste du récepteur du GLP-1 et du récepteur du glucagon, construit sur un squelette d'oxyntomoduline mammifère. Il ne cible pas le récepteur du GIP. Le double agonisme GLP-1 et GIP est la signature du tirzépatide. Le triple agonisme associant GIP, GLP-1 et glucagon est celle du rétatrutide. Cette distinction n'est pas anecdotique : les axes GIP et glucagon reposent sur des hypothèses physiologiques différentes et n'exposent pas aux mêmes questions de tolérance.
Pourquoi le mazdutide est-il approuvé en Chine mais pas aux États-Unis ni en Europe ?
Parce que chaque agence évalue un dossier qui lui est déposé, pour une population et des indications données. Innovent Biologics a mené son programme pivot GLORY chez des adultes chinois et a déposé le dossier correspondant auprès de la NMPA, qui a accordé l'approbation pour la gestion pondérale en juin 2025, puis pour le contrôle glycémique dans le diabète de type 2 en septembre 2025. Aucune approbation équivalente n'existe auprès de la FDA ou de l'EMA. Une autorisation obtenue dans un pays ne s'étend jamais automatiquement à un autre, et la transposabilité des résultats obtenus dans une population à une autre reste une question scientifique ouverte.
Le cagrilintide est-il un agoniste du GLP-1 ?
Non. Le cagrilintide est un analogue à longue durée d'action de l'amyline, une hormone de 37 acides aminés cosécrétée avec l'insuline par les cellules bêta du pancréas. Il n'agit pas sur le récepteur du GLP-1. Son mécanisme passe par des récepteurs du tronc cérébral impliqués dans la satiété et par un ralentissement de la vidange gastrique. C'est précisément cette indépendance mécanistique qui justifie de l'étudier en association avec le sémaglutide, sous le nom CagriSema, plutôt qu'en remplacement. Le mécanisme détaillé est traité dans notre guide dédié au cagrilintide.
Peut-on comparer directement les pourcentages de perte de poids entre ces molécules ?
Non, pas à partir d'essais séparés. Les études citées sur cette page diffèrent par la population incluse, l'IMC moyen de départ, la présence ou non d'un diabète, la durée du suivi, le schéma de titration, l'intensité de l'accompagnement hygiéno-diététique et la méthode statistique retenue. Un essai de 60 semaines chez des adultes chinois avec un IMC d'au moins 30 kg/m² ne se compare pas à un essai de 76 semaines dans une population multinationale. Seul un essai comparatif randomisé, conçu pour opposer directement deux molécules, permet de conclure. Aligner des chiffres issus de publications différentes produit un classement séduisant mais dépourvu de valeur scientifique.
Quels effets indésirables reviennent le plus souvent dans ces essais ?
Les troubles gastro-intestinaux dominent dans toutes les études publiées sur ces molécules : nausées, vomissements, diarrhée et constipation. Ils apparaissent surtout pendant les phases d'augmentation de dose et constituent la principale cause d'arrêt prématuré. L'essai de phase 2 du survodutide dans l'obésité illustre concrètement l'ampleur du phénomène : sur 386 participants traités, 233 seulement, soit 60,4 %, ont terminé la période de traitement de 46 semaines. Dans GLORY-2, les réactions indésirables gastro-intestinales étaient également plus fréquentes sous mazdutide que sous placebo. D'autres questions de tolérance, notamment liées à l'agonisme glucagon prolongé, restent insuffisamment caractérisées faute de recul.
Quelle dose de survodutide, de mazdutide ou de cagrilintide faut-il utiliser ?
Cette page ne fournit aucune recommandation de dose, de titration ou de protocole, et il n'existe aucun schéma validé hors cadre médical. Les doses citées dans les sections précédentes sont celles administrées dans des essais cliniques encadrés, avec sélection rigoureuse des participants, surveillance médicale, suivi biologique et gestion active des effets indésirables. Pour le mazdutide, seule la posologie figurant dans l'autorisation chinoise a une valeur réglementaire, et uniquement dans ce pays sous prescription. Pour le survodutide et le cagrilintide, aucune posologie n'est autorisée nulle part. Toute question de dosage relève d'un médecin.
Ces molécules vont-elles remplacer le sémaglutide et le tirzépatide ?
Rien ne permet de l'affirmer aujourd'hui. Le sémaglutide et le tirzépatide disposent de programmes de phase 3 complets, d'approbations dans de nombreuses juridictions et de plusieurs années de pharmacovigilance après commercialisation. Le survodutide et le cagrilintide n'ont aucune approbation et aucun recul post-commercialisation. Le mazdutide n'est approuvé qu'en Chine depuis 2025, soit un recul très court pour un médicament destiné à un usage chronique. Les données manquantes concernent surtout la durabilité au-delà de 76 semaines, les effets sur les événements cardiovasculaires et la tolérance à long terme d'un agonisme glucagon prolongé. Ces réponses viendront des essais en cours, pas des annonces préliminaires.

Sources scientifiques

  1. le Roux CW, Steen O, Lucas KJ, et al. (2024). Glucagon and GLP-1 receptor dual agonist survodutide for obesity: a randomised, double-blind, placebo-controlled, dose-finding phase 2 trial. The Lancet Diabetes & Endocrinology.
  2. Sanyal AJ, Bedossa P, Fraessdorf M, et al. (2024). A Phase 2 Randomized Trial of Survodutide in MASH and Fibrosis. New England Journal of Medicine.
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