Qu'est-ce que l'IGF-1 LR3 ?
L'IGF-1 LR3, pour Long R3 IGF-1, est un analogue de synthèse du facteur de croissance analogue à l'insuline de type 1 (insulin-like growth factor 1). Ce n'est pas une hormone humaine, ce n'est pas un médicament, et ce n'est pas la même molécule que l'IGF-1 que votre foie produit chaque jour. C'est un réactif conçu par génie génétique, dont la finalité historique et actuelle est la biologie cellulaire.
La molécule est issue de travaux australiens du début des années 1990. Une équipe du CSIRO et de l'Université d'Adélaïde a mis au point un système d'expression chez Escherichia coli permettant de produire plusieurs analogues de l'IGF-1 sous forme de protéines de fusion, dans le but de comparer l'influence respective de la liaison aux protéines de transport et de la liaison au récepteur sur la puissance biologique (Francis et coll., 1992). Le variant Long [Arg³]-IGF-1 est celui qui a survécu commercialement, sous le nom d'IGF-1 LR3.
Structurellement, l'IGF-1 LR3 conserve l'intégralité de la séquence de l'IGF-1 humain mature, soit 70 acides aminés, et y ajoute deux modifications. D'abord une substitution en position 3 : l'acide glutamique est remplacé par une arginine. Ensuite une extension N-terminale de 13 acides aminés (MFPAMPLSSLFVN), dérivée de l'extrémité N-terminale de la méthionyl-somatotropine porcine utilisée comme partenaire de fusion dans la conception originale. Le résultat est une chaîne unique non glycosylée de 83 acides aminés, dont la masse mesurée par spectrométrie de masse se situe autour de 9 111 g/mol, contre environ 7 650 g/mol pour l'IGF-1 humain natif.
En pratique, l'usage documenté de l'IGF-1 LR3 est celui d'un supplément de milieu de culture. Il est utilisé pour soutenir la prolifération et la productivité de lignées cellulaires en conditions sans sérum, notamment dans les procédés de production de protéines recombinantes où il remplace ou complète l'insuline à des concentrations bien plus faibles. Les catalogues de fournisseurs de réactifs le classent explicitement comme produit destiné à la recherche, et non à l'usage humain ou vétérinaire.
Les questions pratiques de préparation en laboratoire sortent du champ de cette page et sont traitées séparément : voir le calculateur IGF-1 LR3.
Avertissement : ce contenu est fourni à titre éducatif uniquement. L'IGF-1 LR3 n'est approuvé par aucune agence réglementaire pour l'usage humain. Consultez un professionnel de santé pour toute question médicale.
Pourquoi sa structure modifie-t-elle la liaison aux IGFBP ?
Pour comprendre l'intérêt de l'IGF-1 LR3 en laboratoire, il faut comprendre ce qui limite l'IGF-1 natif. Dans le sang comme dans un milieu de culture contenant du sérum, l'IGF-1 ne circule presque jamais libre. Il est capté par une famille de six protéines de liaison à haute affinité, les IGFBP (IGF binding proteins 1 à 6), qui fixent l'IGF-1 et l'IGF-2 mais pas l'insuline. La quasi-totalité de l'IGF-1 circulant est ainsi complexée, principalement sous forme d'un complexe ternaire avec l'IGFBP-3 et la sous-unité acido-labile.
Ces protéines ne sont pas de simples transporteurs passifs. La revue de référence de Bach (2018) rappelle qu'elles ont d'abord été décrites comme des inhibiteurs de l'action des IGF, avant que les travaux ultérieurs ne montrent qu'elles peuvent aussi potentialiser cette action selon le contexte cellulaire, et exercer des effets propres indépendants des IGF. Elles constituent donc un système de régulation fine, et non un simple réservoir.
L'extrémité N-terminale de l'IGF-1 est précisément la région impliquée dans l'interaction avec les IGFBP. En modifiant cette région de deux façons, encombrement stérique par l'extension peptidique et changement de charge par l'arginine en position 3, les concepteurs de l'IGF-1 LR3 ont obtenu une molécule qui se lie beaucoup moins bien aux IGFBP tout en conservant une affinité utile pour le récepteur de l'IGF-1.
C'est exactement ce que montre l'étude princeps. Dans des lignées cellulaires qui sécrètent des IGFBP dans leur milieu, l'ordre de puissance biologique observé plaçait Long [Arg³]-IGF-1 et des(1-3)IGF-1 en tête, devant Long [Gly³]-IGF-1, puis Long IGF-1, l'IGF-1 natif fermant la marche (Francis et coll., 1992). Les auteurs concluaient que l'augmentation de puissance des analogues N-terminaux s'explique par la modification de leurs interactions avec les IGFBP, plus que par un gain d'affinité pour le récepteur.
Ce point mérite d'être souligné, car il est souvent mal restitué : l'IGF-1 LR3 n'est pas un IGF-1 « plus puissant » au niveau du récepteur. C'est un IGF-1 qui échappe partiellement au système qui, normalement, le séquestre et module son action. Dans une boîte de Petri, c'est un avantage technique. Dans un organisme entier, c'est le contournement d'un mécanisme de régulation physiologique, ce qui est une situation très différente.
Quelles différences avec l'IGF-1 natif, l'IGF-1 DES et le MGF ?
Plusieurs molécules apparentées circulent sous des noms proches, et les confondre conduit à des erreurs de raisonnement. Les distinguer suppose de regarder la séquence, l'origine et le statut réglementaire de chacune.
L'IGF-1 endogène est un polypeptide de 70 acides aminés produit majoritairement par le foie sous l'influence de l'hormone de croissance, et localement par de nombreux tissus. Il est presque entièrement lié aux IGFBP, sa concentration est régulée et mesurable en clinique, et il constitue le principal médiateur des effets anaboliques de la GH.
L'IGF-1 DES, ou des(1-3)IGF-1, est un variant tronqué auquel manquent les trois premiers acides aminés de l'extrémité N-terminale. Il apparaît naturellement en petite quantité, notamment dans le tissu cérébral, et il a été étudié en parallèle de l'IGF-1 LR3 dans les mêmes séries expérimentales. Comme l'IGF-1 LR3, il se lie mal aux IGFBP et se montre plus puissant que l'IGF-1 natif sur cellules en culture (Francis et coll., 1992). La logique est la même, la modification structurale est opposée : l'un retire le début de la chaîne, l'autre l'allonge.
Le MGF (mechano growth factor) est encore autre chose : il s'agit d'un variant d'épissage de l'IGF-1, l'isoforme IGF-1Ec, dont le peptide E terminal a été étudié pour son rôle dans la réponse du muscle à la contrainte mécanique. Il n'est ni un IGF-1 tronqué ni un IGF-1 allongé artificiellement, mais un produit alternatif du même gène.
| Molécule | Nature | Liaison aux IGFBP | Statut humain |
|---|---|---|---|
| IGF-1 endogène | 70 acides aminés, produit par l'organisme | Élevée | Hormone physiologique |
| Mécasermine | IGF-1 recombinant de séquence humaine | Élevée | Approuvée (FDA, EMA) dans une indication étroite |
| IGF-1 LR3 | 83 acides aminés, Arg en position 3 et extension N-terminale de 13 acides aminés | Fortement réduite | Réactif de recherche, aucune approbation |
| IGF-1 DES | des(1-3)IGF-1, 67 acides aminés | Fortement réduite | Réactif de recherche, aucune approbation |
| MGF | Variant d'épissage IGF-1Ec et son peptide E | Variable selon la forme étudiée | Réactif de recherche, aucune approbation |
Cette distinction n'est pas un détail sémantique. Les données de sécurité accumulées sur la mécasermine chez l'enfant ne se transposent pas à l'IGF-1 LR3, parce que la pharmacocinétique d'une molécule qui échappe aux IGFBP n'est pas celle d'une molécule qui s'y lie normalement. Inversement, la puissance supérieure de l'IGF-1 LR3 sur cellules ne dit rien de son profil bénéfice-risque chez l'humain.
En quoi l'IGF-1 LR3 n'est-il pas de la mécasermine ?
La mécasermine est un IGF-1 humain recombinant de séquence identique à la protéine endogène. Elle est commercialisée sous le nom d'Increlex et approuvée par la FDA depuis 2005 et par l'EMA depuis 2007, dans une indication précise et étroite : le retard de croissance chez l'enfant et l'adolescent présentant un déficit primaire sévère en IGF-1, incluant les situations d'insensibilité à l'hormone de croissance. Cette approbation repose sur un dossier clinique constitué, dont l'étude de Chernausek et collaborateurs publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism en 2007 sur le traitement au long cours d'enfants atteints d'un déficit sévère en IGF-1 par insensibilité à la GH.
Trois éléments distinguent radicalement ces deux produits. Le premier est la séquence : la mécasermine reproduit l'IGF-1 humain, l'IGF-1 LR3 le modifie sur deux points structurants. Le deuxième est le statut : la mécasermine est un médicament orphelin avec un résumé des caractéristiques du produit, un plan de gestion des risques et un registre de pharmacovigilance européen. L'IGF-1 LR3 n'a aucun équivalent de ce cadre, dans aucune juridiction.
Le troisième élément est le plus important pour le lecteur : le corpus de données humaines. Pour la mécasermine, il existe des essais, des registres, une surveillance des effets indésirables et une littérature de plusieurs décennies. Pour l'IGF-1 LR3, il n'existe à ce jour aucun essai clinique publié établissant son efficacité ou sa sécurité chez l'humain. L'absence de données n'est pas une donnée rassurante : c'est simplement une absence.
Cette asymétrie explique pourquoi les pages commerciales qui présentent l'IGF-1 LR3 comme une « version améliorée » de l'IGF-1 opèrent un glissement trompeur. Une puissance supérieure sur cellules en culture est un critère de performance de réactif. Elle ne constitue ni une preuve d'efficacité clinique, ni une garantie de tolérance. La question de savoir comment interpréter ce type de raccourci est abordée plus largement dans notre article sur la sécurité des peptides.
Comment l'axe GH/IGF-1 s'articule-t-il autour de l'IGF-1 ?
L'IGF-1 n'agit pas isolément : il est le bras effecteur d'un axe hormonal à trois étages. L'hypothalamus libère la GHRH et la somatostatine, qui stimulent ou freinent la libération d'hormone de croissance par l'hypophyse. La GH agit ensuite sur le foie et sur les tissus périphériques, où elle induit la production d'IGF-1. L'IGF-1 circulant exerce à son tour un rétrocontrôle négatif sur l'hypophyse et l'hypothalamus, ce qui referme la boucle.
Cette architecture a une conséquence directe. Administrer un IGF-1 exogène, ou un analogue qui échappe aux IGFBP, ne se contente pas d'ajouter du signal : cela informe l'organisme que le signal est déjà suffisant, et déclenche une régulation à la baisse de l'axe en amont. Les données animales sur l'IGF-1 LR3 documentent précisément ce phénomène, décrit dans la section consacrée aux études.
C'est aussi ce qui différencie fondamentalement l'IGF-1 exogène des sécrétagogues de la GH, une famille de peptides qui agissent en amont de la boucle. Les analogues de la GHRH comme le CJC-1295 ou le tésamoréline, et les agonistes du récepteur de la ghréline comme l'ipamoréline ou le GHRP-2, visent à stimuler la sécrétion endogène pulsatile de GH, laquelle conduit ensuite à une élévation de l'IGF-1 produit par l'organisme lui-même. Les mécanismes de rétrocontrôle physiologiques restent alors en place, au moins partiellement.
Aucune de ces deux approches ne dispose d'un dossier d'efficacité et de sécurité établi en dehors d'indications médicales spécifiques, et la tésamoréline constitue l'exception notable avec une approbation limitée à la lipodystrophie associée au VIH. Le point à retenir ici est simplement conceptuel : agir sur un récepteur en aval et agir sur une sécrétion en amont ne produisent pas les mêmes conséquences physiologiques, même lorsque le marqueur sanguin mesuré, l'IGF-1, bouge dans la même direction.
Pour un panorama des familles de peptides évoquées dans un contexte de masse musculaire et de récupération, voir notre revue des peptides étudiés pour la croissance musculaire et la récupération.
Que montrent les études cellulaires et animales ?
Le corpus scientifique sur l'IGF-1 LR3 est réel mais circonscrit. Il se compose de travaux in vitro et d'expérimentations animales menées principalement entre 1992 et le début des années 2000, auxquelles s'ajoutent des travaux plus récents de bioprocédé en culture cellulaire.
Sur cellules. C'est le domaine où les données sont les plus solides et les plus reproduites. L'IGF-1 LR3 se montre plus puissant que l'IGF-1 natif sur des lignées qui sécrètent des IGFBP, et cette supériorité s'estompe quand les IGFBP sont absentes du milieu, ce qui confirme le mécanisme proposé (Francis et coll., 1992). C'est sur cette base que l'analogue s'est imposé comme additif de milieux sans sérum, où il est utilisé à des concentrations bien inférieures à celles nécessaires pour l'insuline, notamment dans les cultures de cellules CHO destinées à la production d'anticorps.
Chez le rongeur. Dans un modèle de catabolisme induit par la dexaméthasone chez le rat, l'administration continue d'IGF-1 par pompe osmotique sous-cutanée inversait partiellement l'état catabolique, et les variants d'IGF-1 se montraient nettement plus anaboliques que l'IGF-1 natif sur le poids corporel et la rétention azotée (Tomas et coll., 1992). Il s'agit d'un modèle de perte tissulaire pathologique, pas d'un modèle d'amélioration de la performance chez un organisme sain.
Chez le cobaye. Une perfusion continue de sept jours de Long R3 IGF-1 chez des cobayes femelles a augmenté le poids relatif des surrénales, de l'intestin, des reins et de la rate, tout en réduisant les concentrations plasmatiques d'IGF-1, d'IGF-2 et de protéines de liaison (Conlon et coll., 1995). Autrement dit, une croissance d'organes internes accompagnée d'une baisse des concentrations endogènes du système IGF.
Chez le porc. Les données porcines sont les plus instructives sur le plan physiologique. Une perfusion de quatre jours de Long [R3] IGF-1 a réduit le gain de poids quotidien moyen, la prise alimentaire, ainsi que les concentrations plasmatiques d'IGFBP-3, d'IGF-1 et d'insuline. La concentration moyenne de GH plasmatique a diminué de 23 %, et l'aire sous les pics de GH de 60 % (Dunaiski et coll., 1997). La revue de Walton et collaborateurs (1995) complète le tableau : chez le porc jeune, l'IGF-1 et le Long R3 IGF-1 augmentaient la croissance, en particulier en conditions de prise alimentaire réduite, alors que l'administration chronique chez l'animal plus âgé réduisait la croissance et l'appétit.
La lecture d'ensemble est donc nuancée, et non pas linéaire. Selon l'espèce, l'âge, le statut nutritionnel et la durée d'exposition, le même analogue produit une stimulation de croissance ou l'inverse. C'est un signal clair que l'extrapolation directe vers l'humain n'est pas légitime.
Que sait-on de la durée d'action chez l'humain ?
Il faut être direct sur ce point, parce que c'est l'endroit où la désinformation est la plus dense : il n'existe pas de valeur de demi-vie de l'IGF-1 LR3 chez l'humain qui soit établie par une source primaire vérifiable. Les chiffres présentés comme acquis sur les sites de vente ne renvoient à aucune publication identifiable, et ne doivent donc pas être traités comme des données.
Ce qui est documenté, en revanche, relève de la logique pharmacologique et de l'expérimentation animale. L'IGF-1 natif doit une partie de sa persistance dans le sang à sa liaison aux IGFBP, et en particulier au complexe ternaire avec l'IGFBP-3 : séquestré, il est protégé de l'élimination rénale et de la dégradation. Un analogue qui se lie mal aux IGFBP perd ce réservoir protecteur, ce qui devrait logiquement raccourcir sa persistance plasmatique, mais augmente en contrepartie la fraction immédiatement disponible pour le récepteur.
Les données animales illustrent cette tension. Chez le porc et le marmouset, les variants d'IGF-1 qui se lient mal aux IGFBP ont exercé une action hypoglycémiante à la fois plus puissante et plus prolongée que l'IGF-1 natif, avec une puissance deux à trois fois supérieure pour abaisser la glycémie jusqu'à son nadir (Tomas et coll., 1997). L'effet biologique peut donc durer plus longtemps que ne le laisserait attendre un raisonnement fondé sur la seule clairance plasmatique, ce qui rend toute estimation naïve de demi-vie encore moins transposable.
S'ajoute une difficulté analytique. Bailes et Soloviev (2021) détaillent à quel point la quantification de l'IGF-1 réellement biodisponible est délicate, en raison de l'interférence des protéines de liaison, de la diversité des isoformes et des limites des immunodosages. Cette complexité vaut a fortiori pour un analogue modifié, qui peut être reconnu de façon variable selon la méthode employée.
Conclusion opérationnelle pour le lecteur : toute affirmation chiffrée sur la durée d'action de l'IGF-1 LR3 chez l'humain doit être considérée comme non sourcée jusqu'à preuve du contraire, et demander la référence primaire est la réaction appropriée.
Quels risques la littérature décrit-elle ?
Trois axes de préoccupation ressortent de la littérature, avec des niveaux de preuve inégaux qu'il importe de ne pas aplatir.
L'hypoglycémie est le risque le mieux caractérisé, parce que l'IGF-1 conserve une activité résiduelle sur le récepteur de l'insuline et une action métabolique propre via son propre récepteur. Chez le porc, l'administration intraveineuse en bolus d'IGF et de ses analogues abaissait la glycémie, et la puissance était la plus forte pour les analogues qui se liaient le plus faiblement à l'IGFBP-3 porcine, dont le Long R3 IGF-1 (Walton et coll., 1995). Le travail de Tomas et collaborateurs (1997) chez le porc et le marmouset confirme une puissance hypoglycémiante deux à trois fois supérieure à celle de l'IGF-1 natif, avec un effet prolongé. Du côté humain, l'expérience clinique de l'IGF-1 recombinant non modifié est éclairante : dans le registre européen Eu-IGFD portant sur des enfants traités par mécasermine, 26,3 % des patients (80 sur 304) ont présenté un événement hypoglycémique induit par le traitement, la plupart d'intensité légère à modérée, mais une minorité avec convulsions ou perte de conscience (Bang et coll., 2024). Ces données concernent un médicament approuvé, administré sous surveillance médicale, dans une population pédiatrique déficitaire. Elles ne se transposent pas telles quelles, mais elles montrent que l'effet hypoglycémiant de la voie IGF-1 est un enjeu clinique réel et non théorique.
La signalisation proliférative et la question du cancer doivent être présentées avec rigueur, sans dramatisation ni minimisation. Le récepteur de l'IGF-1 active les voies PI3K/Akt et MAPK, qui soutiennent la prolifération cellulaire et inhibent l'apoptose. Sur le plan épidémiologique, les concentrations circulantes d'IGF-1 sont associées positivement au risque de certains cancers, en particulier colorectal, du sein et de la prostate, alors que les données pour les localisations moins fréquentes restent limitées (Knuppel et coll., 2020, cohorte UK Biobank). Deux réserves majeures s'imposent. D'une part, il s'agit d'associations observationnelles portant sur des variations d'IGF-1 endogène dans la fourchette physiologique, ce qui ne démontre pas un lien de causalité et ne renseigne pas directement sur l'effet d'une exposition exogène. D'autre part, aucune étude n'a évalué le risque oncologique de l'IGF-1 LR3 en particulier. Ce que l'on peut dire honnêtement est donc ceci : la plausibilité biologique existe, le signal épidémiologique sur l'IGF-1 endogène existe, et les données spécifiques à l'analogue sont absentes.
La perturbation de l'axe somatotrope constitue le troisième axe. Les données porcines montrent une baisse de la GH plasmatique moyenne de 23 %, une réduction de 60 % de l'aire sous les pics de GH, et une diminution des concentrations endogènes d'IGF-1, d'IGF-2 et d'IGFBP-3 sous administration chronique (Dunaiski et coll., 1997 ; Conlon et coll., 1995). Les mêmes travaux rapportent, selon les modèles, une réduction de la prise alimentaire et du gain de poids. Une exposition exogène prolongée peut donc déplacer un système régulé vers un nouvel équilibre, avec des conséquences qui ne sont pas nécessairement celles recherchées.
À ces éléments s'ajoutent les risques non pharmacologiques propres aux produits étiquetés « usage de recherche » : absence de contrôle pharmaceutique, incertitude sur l'identité et la pureté réelles, absence de stérilité garantie. Ces questions, communes à toute cette catégorie de produits, sont développées dans notre comparaison entre peptides et stéroïdes anabolisants.
Avertissement : cette section décrit des risques rapportés dans la littérature scientifique à des fins d'information. Elle ne constitue pas un avis médical. En cas de question sur votre santé, adressez-vous à un professionnel de santé qualifié.
Quel est le statut réglementaire et antidopage ?
Sur le plan réglementaire, la situation est nette. L'IGF-1 LR3 n'est approuvé comme médicament par aucune autorité : ni la FDA, ni l'EMA, ni l'ANSM ne l'ont évalué dans une quelconque indication humaine. Il est commercialisé comme réactif destiné exclusivement à la recherche, statut qui exclut l'administration à l'humain et qui dispense le fabricant des exigences de qualité pharmaceutique applicables aux médicaments injectables.
À l'inverse, la mécasermine dispose d'une autorisation de mise sur le marché dans le déficit primaire sévère en IGF-1 chez l'enfant et l'adolescent, avec un résumé des caractéristiques du produit, des mises en garde formalisées et un plan de gestion des risques. Il s'agit de deux régimes juridiques entièrement distincts, portant sur deux molécules distinctes.
Sur le plan antidopage, l'IGF-1 et ses analogues relèvent de la classe S2 de la Liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage, intitulée « Hormones peptidiques, facteurs de croissance, substances apparentées et mimétiques ». Plus précisément, ils figurent à la sous-section S2.3, « Facteurs de croissance et modulateurs de facteurs de croissance », qui vise nommément l'IGF-1 (mécasermine) et ses analogues, aux côtés des facteurs de croissance mécaniques (MGF) et de la thymosine-β4 et de ses dérivés. Cette classe est interdite en permanence, c'est-à-dire en compétition comme hors compétition.
Deux implications concrètes en découlent pour un sportif soumis au Code mondial antidopage. D'abord, la notion de « période de sevrage » n'a pas de pertinence réglementaire pour une substance interdite en permanence : l'usage lui-même constitue une violation, indépendamment du moment du contrôle. Ensuite, le fait qu'un analogue soit vendu comme réactif de laboratoire ne le place pas hors du champ de la liste, puisque celle-ci couvre explicitement les analogues et les substances sans approbation réglementaire.
Enfin, le statut de possession et d'importation varie selon les juridictions, et un produit légalement achetable comme réactif dans un pays peut relever d'un régime différent dans un autre. Vérifiez la réglementation applicable dans votre pays de résidence avant toute manipulation.
Que reste-t-il inconnu ?
Faire l'inventaire de ce que la science n'a pas établi est, dans le cas de l'IGF-1 LR3, au moins aussi utile que résumer ce qu'elle a montré. Plusieurs lacunes sont structurelles et ne seront pas comblées par la littérature existante.
La pharmacocinétique humaine est absente. Aucune étude publiée ne décrit l'absorption, la distribution, le métabolisme ou l'élimination de l'IGF-1 LR3 chez l'humain, quelle que soit la voie d'administration. C'est la raison pour laquelle aucune valeur chiffrée de demi-vie ne peut être avancée honnêtement.
Les effets sur la composition corporelle humaine ne sont pas documentés. Les données animales sont contradictoires selon l'espèce, l'âge et l'état nutritionnel, et les modèles les plus favorables sont des modèles de catabolisme pathologique ou d'animaux jeunes sous-alimentés. Rien ne permet d'en déduire un effet chez un adulte sain, dans un sens ou dans l'autre.
Le profil de sécurité au long cours est inconnu. Les questions les plus importantes sur le plan clinique, c'est-à-dire le risque oncologique à long terme, les conséquences cardiaques d'une stimulation proliférative prolongée, la réversibilité de la suppression de l'axe somatotrope et l'immunogénicité d'un analogue portant une extension peptidique d'origine porcine, n'ont fait l'objet d'aucune évaluation systématique chez l'humain.
L'immunogénicité mérite une mention spécifique. L'extension N-terminale de l'IGF-1 LR3 est une séquence étrangère à l'organisme humain. Des anticorps anti-IGF-1 ont été décrits chez des patients recevant de l'IGF-1 recombinant de séquence humaine ; le comportement immunologique d'un analogue chimérique n'a pas été caractérisé chez l'humain.
La qualité des produits circulants est non vérifiable à l'échelle individuelle. En l'absence de contrôle pharmaceutique, l'identité, la pureté, l'intégrité de la chaîne et l'absence de contaminants ne sont pas garanties, ce qui ajoute une incertitude indépendante de la pharmacologie de la molécule elle-même.
Un dernier point de méthode : l'écart entre la qualité des données cellulaires, qui est bonne, et l'inexistence des données cliniques, qui est totale, est précisément le type de configuration où le discours commercial prospère. Une molécule bien caractérisée en tube n'est pas une molécule évaluée chez l'humain. Garder ces deux registres séparés est la meilleure protection du lecteur.
Avertissement final : cet article a une finalité éducative et ne remplace pas un avis médical. L'IGF-1 LR3 est un produit de recherche non approuvé pour l'usage humain. Son statut légal varie selon les juridictions. Toute question relative à votre santé doit être adressée à un professionnel de santé qualifié.
Produits recommandés
Peptides de recherche sélectionnés pour leur qualité et pureté :
GHK-Cu
Peptide anti-âge
Évaluez vos connaissances
Quiz rapide · 6 questions
Peptide Lab : calculateur & tracker gratuit
Calculez votre reconstitution, suivez vos peptides et vos injections. Gratuit, sans carte bancaire.
Questions fréquentes
L'IGF-1 LR3 est-il approuvé pour l'usage humain ?
Quelle est la différence entre l'IGF-1 LR3 et la mécasermine ?
Connaît-on la demi-vie de l'IGF-1 LR3 chez l'humain ?
L'IGF-1 LR3 fait-il grossir les muscles chez l'humain ?
L'IGF-1 LR3 peut-il provoquer une hypoglycémie ?
L'IGF-1 LR3 augmente-t-il le risque de cancer ?
L'IGF-1 LR3 est-il interdit dans le sport ?
En quoi l'IGF-1 LR3 diffère-t-il de l'IGF-1 DES et du MGF ?
Sources
- Francis GL et al. (1992). Novel recombinant fusion protein analogues of insulin-like growth factor (IGF)-I indicate the relative importance of IGF-binding protein and receptor binding for enhanced biological potency. Journal of Molecular Endocrinology.
- Tomas FM, Knowles SE, Owens PC, Chandler CS, Francis GL, Read LC, Ballard FJ (1992). Insulin-like growth factor-I (IGF-I) and especially IGF-I variants are anabolic in dexamethasone-treated rats. Biochemical Journal 282(Pt 1):91-97.
- Conlon MA, Tomas FM, Owens PC, Wallace JC, Howarth GS, Ballard FJ (1995). Long R3 insulin-like growth factor-I (IGF-I) infusion stimulates organ growth but reduces plasma IGF-I, IGF-II and IGF binding protein concentrations in the guinea pig. Journal of Endocrinology 146(2):247-253.
- Walton PE, Dunshea FR, Ballard FJ (1995). In vivo actions of IGF analogues with poor affinities for IGFBPs: metabolic and growth effects in pigs of different ages and GH responsiveness. Progress in Growth Factor Research 6(2-4):385-395.
- Tomas FM, Walton PE, Dunshea FR, Ballard FJ (1997). IGF-I variants which bind poorly to IGF-binding proteins show more potent and prolonged hypoglycaemic action than native IGF-I in pigs and marmoset monkeys. Journal of Endocrinology 155(2):377-386.
- Dunaiski V, Dunshea FR, Walton PE, Goddard C (1997). Long [R3] insulin-like growth factor-I reduces growth, plasma growth hormone, IGF binding protein-3 and endogenous IGF-I concentrations in pigs. Journal of Endocrinology 155(3):559-565.
- Bach LA (2018). 40 YEARS OF IGF1: IGF-binding proteins. Journal of Molecular Endocrinology 61(1):T11-T28.
- Chernausek SD, Backeljauw PF, Frane J, Kuntze J, Underwood LE (2007). Long-term treatment with recombinant insulin-like growth factor (IGF)-I in children with severe IGF-I deficiency due to growth hormone insensitivity. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism 92(3):902-910.
- Bang P, Polak M, Bossowski A, Maghnie M, Argente J, Ramon-Krauel M, Sert C, Perrot V, Mazain S, Woelfle J (2024). Frequency and Predictive Factors of Hypoglycemia in Patients Treated With rhIGF-1: Data From the Eu-IGFD Registry. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism 109(1):46.
- Knuppel A et al. (2020). Circulating Insulin-like Growth Factor-I Concentrations and Risk of 30 Cancers: Prospective Analyses in UK Biobank. Cancer Research 80(18):4014-4021.
- Bailes J, Soloviev M (2021). Insulin-Like Growth Factor-1 (IGF-1) and Its Monitoring in Medical Diagnostic and in Sports. Biomolecules 11(2):217.
- Agence mondiale antidopage (AMA/WADA) (2026). The Prohibited List (classe S2 : hormones peptidiques, facteurs de croissance, substances apparentées et mimétiques ; S2.3 facteurs de croissance et modulateurs de facteurs de croissance). World Anti-Doping Agency.
- U.S. Anti-Doping Agency (USADA) (2026). IGF-1 and the World Anti-Doping Agency Prohibited List. USADA, Spirit of Sport.
- European Medicines Agency (2026). Increlex (mécasermine) : résumé des caractéristiques du produit et informations produit EPAR. European Medicines Agency.